2025.07.02. Jacques Lafontaine, ancien correcteur au Journal de Québec, invite les locuteurs et ses collègues à se méfier des tournures formées à l’aide du verbe « risquer ». Il écrit : « Le mot ‘risque’ traduit la ‘probabilité de survenance d’un danger' » (Les mots dits; Éditions du Journal, 2016, p. 59). Ceux qui seraient ses collègues actuels ne tiennent pas toujours compte de sa remarque. À preuve, la phrase : « Pour la première fois en 30 ans, un Québécois risque de marquer 25 buts … » (Le J. de Qc, 2 juillet, p. 52). Le risque serait un exploit sportif! Guy Bertrand, le langagier de Radio-Canada, écrit : «… dans la langue courante, on accepte l’emploi du verbe ‘risquer’ pour parler d’éventualités positives, mais dans la langue soutenue, il est tout de même préférable d’associer le verbe ‘risquer’ à des réalités négatives…» . Bref, le journaliste aurait pu écrire : «… un Québécois pourrait marquer 25 buts…».
Le français québécois au quotidien
dimanche 3 août 2025
Trouver une alternative ! (2025)
2025.07.03. Le journaliste écrit : « Les usagers de la traverse Québec-Lévis devront trouver une alternative…» (Le Journal de Québec, 3 juillet, p. 5). En français, il faudrait comprendre qu’on doit identifier ou trouver deux solutions ou deux possibilités. Par exemple, traverser le fleuve en hélicoptère ou passer par les ponts Pierre-Laporte ou celui dit «de Québec». Mais le mot «alternative» ne signifie pas, en français, «solution de rechange» et, surtout, une seule autre possibilité. Une commentaire de l’Asulf, consultable à distance, est limpide : «En français, on entend par « alternative » (au singulier) une situation qui présente deux possibilités entre lesquelles il faut choisir, contrairement au mot anglais « alternative », qui désigne chacune de ces possibilités. Toutefois, sous l’influence de l’anglais, « alternative » est souvent employé à tort, en français, dans le sens anglais du mot.» De fait, il sera plus aisé de trouver un seul autre moyen de traverser le fleuve que deux ou trois!
No-shows (2025)
2025.07.04. Le Journal de Québec titille et éperonne ses lecteurs. On leur présente, sur cinq colonnes, la manchette : «Le début de la fin des ‘no-shows’» (4 juillet 2025, p. 19). Le mot anglais est récent. Il est absent de la 7e édition du Multi dictionnaire de la langue française (2021). Le répertoire numérique Usito en fait un anglicisme critiqué si on le prend au sens de «défaut de se présenter», de «réservation non honorée» ou de «patient qui ne se présente pas à un rendez-vous». Le professeur et traducteur André Racicot aligne six équivalents français : Client défaillant, Cas de défection, Défaut de se présenter, Réservation non honorée, Client qui n’honore pas une réservation, Client qui fait faux bond (Site Au cœurs des mots). En contexte, on pourrait donc parler de «client défaillant», de «faux-bonds», et même de «client fantôme». Et si l’on veut être plus cinglant : de «lémure» ou de «factice»!
Coaching (2025)
2025.07.05. Le Devoir et la chroniqueuse Josiane Cossette citent la ministre responsable de l’Habitation : « Des fois, ça prend un peu de ‘coaching’ pour se trouver un logement » (5-6 juillet, p. B10). Et un inter-titre de l’article porte «Coaching locatif»! De manière générale, le substantif peut se traduire par « accompagnement, aide, assistance, encadrement, entrainement, formation, mentorat, soutien, suivi » et même par «guidance». Ce dernier mot fait partie d’une liste de néologismes de Défense de la langue française (1er trimestre 2009, p. 24). Malheureusement, ces solutions de rechange, trop nombreuses (?), ne répondent pas aux besoins langagiers de nos gouvernants! Comment les Québécois pourraient-ils accepter une tournure comme «ça prend un peu d’aide…» et la manchette imaginée, «Aide et ésotérisme»? Mais, c’est vrai, il faudra aussi traduire «coaching locatif»!
Replay ou rediffusion ? (2025)
2025.07.06. L’invitation de France Info se décline comme suit : «Retrouvez l’essentiel du JT de 20 h / Accédez au replay … » (6 juillet, 15 h 31). Est-il possible de traduire le mot «replay»? Cela ne semble pas facile. Le Grand Robert & Collins (2008) se contente d’aligner quelques mots : : «Replay. (sport) the replay is on 15 october = le match sera rejoué». N’est-t-il pas possible de trouver un équivalent français : la reprise, la rediffusion, le rattrapage? Roland Godiveau écrit «Replay. ( Voc. sport.). Ce terme anglais désignant un procédé de retour en arrière (télévision) correspond au français ‘Reprise’, ‘répétition’ ou ‘rejeu’…» (Mille difficultés courantes du français parlé; 3e éd., 2005), En somme, France Info pourrait inviter ses téléspectateurs à regarder le bulletin présenté en différé, sa reprise ou sa rediffusion.
Élu par acclamation ! (2025)
2025.07.07. À l’époque où les élections avaient lieu lors de rassemblements, il était approprié de parler d’élections «par acclamation», c’est-à-dire en levant les mains ou en criant. De nos jours, on ne se sert plus de ces techniques lors des élections législatives. Ou, s’il y en a encore, on cherche à les faire disparaître. De là, la décision du ministre des Affaires municipales d’élargir les critères d’admissibilités des candidats en puissance de manière à éviter les élections «par acclamation» (Le J. de Qc, 7 juillet, p. 12). L’expression fut épinglée en 2008 dans le Grand glossaire des anglicismes. Quelques années plus tôt, Paul Paré constata que la locution était présente dans le Petit Larousse et dans le Petit Robert. De nos jours, le Multi dictionnaire l’entérine. Elle peut servir, avec son air distingué, à côté de «sans scrutin» ou même «sans opposition».
Majorité de la marchandise ! (2025)
2025.07.08. Peut-on parler de «la majorité de la marchandise »? Chose indéniable, on l’écrit dans le Journal de Québec: « La majorité de la marchandise a été écoulée…» (8 juillet, p. 3). Si des férus de la langue feuillettent les dictionnaires à la recherche de tournures similaires, par exemple «la majorité de la forêt!», «la majorité de la récolte!» ou «la majorité de la presse!», ils n’en trouveront pas. Le résultat de leurs démarches serait le même s’ils les élargissaient à «la minorité» de… ». Des liens se nouent facilement entre «la plus grande partie » et « de la marchandise». On peut faire l’hypothèse qu’ils sont tout naturels entre eux. Par ailleurs, il ne faudrait pas mettre au ban du lexique des tournures comme «majorité d’élèves», «majorité d’avocats», etc. En somme, il aurait été préférable d’écrire : la plus grande partie de la marchandise…
Risquer de marquer plusieurs buts ! (2025)
2025.07.02. Jacques Lafontaine, ancien correcteur au Journal de Québec, invite les locuteurs et ses collègues à se méfier des tournures fo...
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2025.05.12. Ce serait déjà un anglicisme que d’écrire «… l’école des Bâtisseurs accueille des élèves du programme régulier ». Mais on fait...
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2025-06-01. Monsieur Claude Villeneuve, chef de l’opposition au conseil municipal de Québec, utilise une expression anglaise quand il s’agit...
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2025-02-05. Encore un don « historique »! Un rez-de-chaussée du Journal de Québec proclame : «La Fondation du CHU de Québec reçoit un don hi...