mercredi 1 juillet 2026

Un siphon ? (2026)

2026-06-02. Le Journal de Québec hésite face au traitement à accorder au mot «siphon». On le guillemète à deux reprises, une fois dans le titre de l’article et une autre dans le chapeau. À une autre occasion, on le laisse passer comme un simple «quidam» (2 juin, p. 11). On peut lire le titre : «La loi 101 même pour un ‘siphon’ » et les deux passages suivants : « Avant d’acheter […] un ‘siphon’ pour déboucher la toilette…» (1e col.) et «un siphon pour la toilette» (2e col.). Les guillemets sont sans doute justifiés en raison d’une définition fantaisiste courante du mot en territoire québécois. Ici, un ‘siphon’ est ou devient un débouchoir - ou peut-être un débouchoir à ventouse - selon le professeur Meney (Dictionnaire québécois-français; 1999). Le Multi dictionnaire est peu loquace sur le sujet. On s’y contente du mot « déboucheur ». Sans doute pourrait-on y proposer à l’avenir le synonyme «débouchoir», un instrument .

 

Combler ou Pourvoir un poste ? (2026)

2026-06-03. Il y a trente ans, le trimestriel de l’Asulf, l’Expression juste, publiait un articulet titré « Un anglicisme tenace : … 200 postes à combler » (décembre 1996, p. 4). On y lit : « L’expression … est une traduction littérale de ‘to fill a vacancy’». Et on précise : «En français, on ‘pourvoit à un emploi, à un poste’. Aucune raison, à part l’ignorance, ne justifie les médias […] d’utiliser le verbe ‘combler’ dans ce sens ». Trente ans plus tard, le chantier maritime de Lévis annonce encore « 1000 postes à combler » (Le J. de Qc, 3 juin, p. 56). Sur le sujet, une note précise : « C’est une impropriété d’employer le verbe ‘combler’, à la place de ‘pourvoir, en parlant d’un poste. […] au sens figuré, on peut combler une lacune, un déficit… […], mais on ne saurait combler un poste » (Vocabulaire des relations professionnelles / M. Lapointe-Giguère; 2009). En somme, à la prochaine occasion, il serait préférable de préciser : «1000 postes à pourvoir ».

 

Un post-il ou un béquet? (2026)

2026-06-04. La chroniqueuse Mylène Moisan se contente du mot anglais «post-it» pour faire part d’un émouvant message : «Des mots d’enfants écrits avec soin sur un Post-it jaune 'La vraie gentillesse est celle du cœur…'» (Le Soleil, 4 juin, 6 h 37). L’expression «Post-it» est une marque commerciale. On l’utilise comme on le faisait du mot «frigidaire» (au lieu de réfrigérateur) dans le passé. Y a-t-il des équivalents français autres que la marque de l’objet»? Idéalement, on devrait pouvoir le nommer. On a déjà proposé des équivalents : papillon, papillon adhésif, note encollée, note repositionnable, pense-bête, béquet ou becquet. Ce dernier mot, à la graphie légèrement flottante, semble correspondre au mot anglais : «petit morceau de papier qu’on ajoute à une épreuve pour signaler une correction, un ajout » (Le Petit Robert). C’est dire qu’il y aurait plusieurs candidats français en lice contre «post-it» : béquet, becquet, papillon, pense-bête… Espérons que les usuels correctifs les proposeront à leurs utilisateurs.

 

Faque... (2026)

2026-06-05. La chroniqueuse Josée Blanchette excipe de son droit d’utiliser l’interjection «faque». Elle écrit «Faque (j’ai le droit, c’est dans le dico!), faque, dis-je, j’ai cueilli des bourgeons …» (Le Devoir, 5 juin, p. B8, 1e col.). Mais la présence d’un mot dans un dictionnaire, fut-ce le Petit Robert, ne justifie pas son insertion automatique dans un texte. De fait, on pourrait plutôt soutenir que son utilisation par les locuteurs et les écrivains explique sa présence dans les nomenclatures des usuels. Et son absence n’oblige pas les locuteurs à l’ignorer. Surtout s’il est jugé essentiel et irremplaçable ou s’il n’a pas d’équivalents. Mais «faque» en aurait plusieurs : «c’est pour cela que, c’est pourquoi, du coup, alors, donc, par conséquent…». Et, en plus, il ne faut pas oublier son origine : la contraction de « ça fait que…» (Claire Armange, 337 expressions québécoises à dévorer; Paris : Ellipses, 2020). Faque, est-il justifié de l’employer?

 

Crouzer ? (2026)

2026-06-06 Les titreurs du Journal de Québec ne se creusent pas toujours les méninges pour trouver des mots français. Une manchette du numéro de fin de semaine se veut une invitation aux papas : « … apprenez à vos fils à cruiser! » (6-7 juin, p. 6). Le verbe, un emprunt à l’anglais, n’aurait-il pas d’équivalent français? Le chroniqueur R. Martineau suggère une piste : « On fait comment pour … casser la glace avec une fille? ». Une accroche de l’article précise : « Les jeunes hommes ne savent plus comment approcher les femmes… ». Voudrait-on y aller plus directement? On pourrait alors penser à « apprenez à vos fils à draguer », « apprenez-leur à faire du charme (… du plat ou encore du gringue) à une fille ». Pour sa part, Léandre Bergeron (1923-2025), partisan de la ‘laurentianisation’ du mot, propose la prononciation «crouzé» (Dictionnaire de la langue québécoise). De son côté, Chantal Constant favorise la graphie «crouser». Bref : on pourrait écrire «apprenez à vos fils à crouser»!

 

Impact (2026)

2026-06-07. Le journaliste français Didier Pourquery écrit à propos du mot ‘impact’ : « … a une signification bien précise. Et violente. Cela évoque un jet de projectile, une balle, une collision […]. Depuis 2008, on parle beaucoup de ‘l’impact de la crise économique’… On pourrait dire conséquences, incidences, répercussions, effets. On dit impact. Plus fort, plus compact » (Les mots de l’époque; 2014). Le chroniqueur R. Martineau ignore la mise en garde. Il écrit : « … les impacts de l’immigration massive…» et «Critiquer les impacts […] de l’immigration …» (Le Journal de Québec, 6-7 juin 2026, p. 6). Le professeur François D’Apollonia observe à propos du mot : « … a(nglicisme) pris au sens de conséquence, contrecoup, effet, incidence, influence, portée, répercussion, retombées » (2010). Et il aligne quelques solutions de rechange : choc, collision et heurt auxquelles on pourra ajouter les mots énumérés plus haut. Cela dit, il faut quand même souligner que le Multi est fort prudent face à l’emploi généralisé du mot.

Gazoline (2026)

2026-06-08. Un texte de l’agence QMI, possiblement en provenance de Cuba, se déroule ainsi : « Une photographe québécoise témoigne […] il n’y a pas de gazoline, il n’y a pas d’électricité ». (Le Journal de Québec, 8 juin, p.17). L’article n’est pas signé. Les Québécois connaissent déjà l’anglicisme «gazoline». Il est épinglé dans le Multi dictionnaire. Mais dans le reportage du jour, il est inspiré de l’espagnol «gasolina». Que le mot soit de provenance étatsunienne ou cubaine, il demeure un « forainisme », un « étranger ». De fait, si l’on ouvre un dictionnaire de traduction français-espagnol, on y lira à l’article «essence» quelque chose comme : «essence… Gasolina… pompe à essence, surtidor de gasolina». Il va de soi ou presque que le mot «gasoline» ou son équivalent espagnol donne une couleur locale, ici cubaine, au compte rendu.

Un siphon ? (2026)

2026-06-02. Le Journal de Québec hésite face au traitement à accorder au mot « siphon ». On le guillemète à deux reprises, une fois dans l...