dimanche 1 novembre 2026

Risquer de gagner ! (2026)

2026-10-01. La manchette du Journal de Québec est faussement négative. Elle proclame : « Ils risquent de se faire élire… malgré d’anciens propos controversés…» (1er octobre, p. 9). Le risque est habituellement un danger, une défaite, un accident. Normalement, on court la chance de remporter un match de hockey, de devenir le chef d’un parti politique, etc. De même, on peut croire qu’un militant ou un simple citoyen courent la chance, lors d’une course à la chefferie, de devenir le chef, le président ou un leader intérimaire. Jean Girodet écrit à propos du verbe « risquer » : «… ne doit s’employer qu’à propos d’une chose fâcheuse » (Dictionnaire des pièges et difficultés…). Paul Roux entérine l’observation. Il écrit : « Ce verbe ne s’applique pas aux choses favorables ».

 

Des commentaires questionnables ! (2026)

2026-10-02. La chroniqueuse K. Gagnon reproduit une affirmation tout à fait correcte et un anglicisme employé par le professeur interviewé : « Avant, les trolls utilisaient des comptes anonymes, mais maintenant ils […] se permettent de faire des commentaires très questionnables » (F. Gravel, dans Le Journal de Québec, 2 octobre 2026, p. 17). « … des commentaires très questionnables »! Ce dernier adjectif est un calque de l’anglais. Tel est l’avis du professeur Lionel Meney (Dictionnaire québécois-français). De fait, le calque est bien déguisé et il pourrait très bien se faufiler illico et dare-dare entre «question» et «questionnaire» dans les dictionnaires usuels. Au moins six synonymes répondent à l’appel quand besoin il y a : contestable, critiquable, discutable, douteux, louche, suspect.

Tanné ? (2026)

2026-10-03. Lionel Meney consacre un article à l’adjectif «tanné» dans son Dictionnaire québécois-français (1999). Il y est dit, en autre chose : «tanné… être tanné [en avoir assez (fam.); en avoir marre (plus fam., cour.); en avoir ras le bol ….». Trois décennies plus tôt, Gérard Dagenais observa de son côté : « Le mot tombe en désuétude. On dit correctement ‘je n’en peux plus de ne rien faire’ et ‘j’en ai plein le dos’ ou ‘j’en ai assez’ ou ‘j’en ai par-dessus la tête de tes bêtises». Pourtant, l’adjectif frétille encore 60 ans plus tard. Mieux, il fait encore la manchette. Le Soleil le hisse en titre : « Tannés des sondages?» (3 octobre, 4 h 1). Il est vrai que «fatigués des sondages» aurait fait plus contemporain, mais il ne faut pas abandonner le traditionnel «tannés…»!

Un dépanneur ou une dépannerie ? (2026)

2026-10-04. Au Québec, on va souvent, très souvent même, au dépanneur, mieux peut -être à la « dépannerie »! Cela est difficile à croire, même si habituellement « on va à la pharmacie », « … à la bouquinerie » ou encore «… au salon de coiffure ». Autour de soi, on entend plutôt : « Je vais au dépanneur ». Ou vous lirez par exemple : « … vous ne sortez plus pour aller au dépanneur ou pour aller faire l’épicerie … » (Le Journal de Québec, 3-4 octobre, p. 11). C’est dire qu’en principe on irait à l’épicerie, et non à l’épicier, à la pharmacie, et non au pharmacien, au cabinet du médecin ou du dentiste, à la bouquinerie… etc. En somme, le choix de traduire, l’expression anglaise « convenience store » par « dépanneur » fut sans doute malhabile, mais son succès masque le dérapage. Il est quand même à espérer que «dépannerie» devienne un mot et s’impose … un jour en parallèle avec la « supérette » française.

Élections provinciales ! (2026)

 2026-10-06. Les élections québécoises ont eu lieu il y a 24 heures. Le Soleil a multiplié au cours des cinq dernières semaines le sur-titre « Élections provinciales ». On devrait idéalement envisager la mise au rancart de ce dernier adjectif. Il est souvent péjoratif lorsqu’on lui donne le sens de « loin de la métropole » ou « loin de la capitale ». Au Canada, il désigne les compétences ou les pouvoirs de la province ou de l’État. Au cours de la Révolution tranquille, l’expression « État du Québec » est apparue. Elle marquait une volonté d’affirmation politique, mais aussi un effort d’ajustement du langage : le statut politique entrevu pays québécois se rapprochait davantage d’un statut étatique que d’une reconnaissance provinciale. Lors des prochaines élections générales à l’Assemblée on devrait donc envisager le sur-titre : Élections de l’Assemblée…

Les clés du char (2026)

2026-10-07. En dépit des mises en garde généralisées, le mot « char », pris au sens de « voiture automobile », continue de trôner dans les manchettes. Richard Martineau l’utilise dans sa chronique du jour et on l’a hissé dans le titre : « On a donné les clés de la maison à PSPP, mais pas les clés du char » (Journal de Québec, 7 octobre, p. 6). Comme il se doit, le mot est reproduit en manchette. Il a ses lettres de noblesse! Il y a presque six décennies, Gérard Dagenais écrivit à son sujet : « Repris de l’anglais ‘car’… pour désigner les voitures automobiles servant au transport des personnes, le mot est doublement condamnable : c’est à la fois un archaïsme et un anglicisme » ( Dictionnaire des difficultés de la langue …; 1967). Les éditeurs du Journal… devraient mettre une note sur le sujet dans le guide de rédaction du quotidien.

La façade d'un dépanneur ? (2026)

2026-10-08. Le lectorat de tout journal francophone s’amuserait d’une manchette qui se lirait «Six jeunes défoncent la façade d’un épicier » ou « Six jeunes défoncent la façade d’un bijoutier » alors que les jeunes ont de fait défoncé la devanture d’un commerce. Mais comment réagirait-on à la lecture du gros titre relevé dans Vos infos à la source (Québecormedia.com, 8 octobre, 17 h 25) : «Six jeunes… défoncent la façade d’un dépanneur »? Cela devrait être jugé correct en contexte laurentien. Ici, il y a belle lurette que les dépanneurs désignent d’abord des «dépanneries». Comme si les épiciers étaient assimilés aux épiceries et comme si on pouvait imaginer la manchette «Six jeunes… défoncent la façade d’un épicier »! Il n’y a pas loin de cette dernière expression et de la «façade d’un dépanneur»!

Risquer de gagner ! (2026)

2026-10-01. La manchette du Journal de Québec est faussement négative. Elle proclame : « Ils risquent de se faire élire… malgré d’anciens ...