jeudi 1 janvier 2026

Une opportunité? (2025)

2025-12-01. Un billet de Jacques Lafontaine, directeur de la révision linguistique au Journal de Montréal pendant de nombreuses années, s’intitule «Saisir l’occasion». Mais les lecteurs du quotidien auront lu deux fois dans le numéro du jour : «opportunité à saisir» (Le J. de Qc, 1er décembre, p. 23). Lafontaine avait écrit : «… faut-il substituer ‘occasion’ à ‘opportunité’… ?». La réponse qu’il donne est celle d’un vieux sage : « Beaucoup d’ouvrages de référence préfèrent ‘occasion’ à ‘opportunité’ […]. Il vaut mieux dire : Il a raté une occasion de montrer ses qualités » (Les mots dits; 350 trucs…; 2016). Une note du Multi dictionnaire exprime le même état d’esprit : 'L’Académie française a entériné l’emploi du nom ‘opportunité’ au sens de ‘circonstance opportune’. On pourra néanmoins préférer les noms ‘circonstance, occasion, possibilité’. Les conseillers sont donc fort prudents.

Récipiendaire ? (2025)

2025-12-02. Le Journal de Québec offre l’occasion à ses lecteurs de contre-vérifier le sens du mot « récipiendaire ». La Fondation Nordiques souligne avoir récolté un million $ et l’avoir distribué à une vingtaine de « récipiendaires » (Le J. de Qc, 2 déc., p. 2). C’est-à-dire? Consultons le Dictionnaire québécois-français de Lionel Meney. On y lit à l’article consacré au mot : « En français standard, […] ‘récipiendaire’ désigne a) la pers. qui vient d’être admise dans une société et en l’honneur de qui on donne un cérémonie et b) une pers. qui reçoit un diplôme universitaire, une nomination, etc.» On trouve une observation semblable dans le Multi dictionnaire de la langue … (2021) et on y précise : «Pour désigner la personne qui gagne un prix, un concours, on emploiera plutôt ‘gagnant, lauréat’». Il est sans doute trop tard pour corriger l’erreur cette année. Mais l’an prochain, qui sait!

Invasion de domicile ? (2025)

2025-12-03. Le Multidictionnaire présente environ 1100 formes fautives dans sa 7e édition, celle de 2021. On pourrait croire que les médias profitent du travail de l’usuel et qu’ils tiennent compte de ses observations et recommandations. Ce n’est cependant pas toujours le cas. Un exemple de mauvaise (!) pratique se présente dans Vos infos à la source de Québecormedia.com (3 décembre) : un calque épinglé dans le Multi, « invasion de domicile », et une phrase qui le contient ( «Une adolescente […] mise en joue durant une invasion de domicile…»). Le Multi[GB1]  est on ne peut plus clair sur le sujet : «invasion de domicile. Calque de ‘home invasion’ pour ‘violation de domicile avec agression’. Reste que cette expression, même abrégée, ne se présente pas spontanément à l’esprit.



Blood Family Mafia (2025)

2025-12-04. Ne serait-il pas de mise de franciser les raisons sociales de deux entreprises (!) québécoises qui font la manchette (Le Soleil, 4 décembre, 4 h 2). La « maison mère» se nomme «Blood Family Mafia» et elle a donné naissance au North Savage Gang. Ces entreprises à succès devraient s’inspirer, autant que faire se peut, des règles de francisation des entreprises : faire en sorte que leur appellation française apparaisse avec des caractères plus imposants que ceux utilisés dans l’autre langue, c’est-à-dire l’anglais dans 99,9 % des cas en sol laurentien. On peut supposer que les entreprises vedettes, débordées de travail, même au noir, n’ont pas les crédits ni de temps pour y parvenir. À brûle-pourpoint et tout forain qu’on puisse l’être, voici deux suggestions : Mafia familiale et sanguinaire (MFS) d’une part et Gang nordique et sauvage (GNS) d’autre part!

Des partys de bureau (2025)

2025-12-08. C’est le temps des fêtes de bureau. On désigne encore ces petites fêtes par cette appellation. Et le Devoir présente la manchette « Surveillance accrue sur les routes pour la période des Fêtes et des ‘partys’ de bureau » (8 décembre, p. A2). Le mot « party » est toujours considéré comme un mot étranger. Et on précise souvent la prononciation « québécoise » du mot («parté») dans les usuels. C’est le cas de Léandre Bergeron (Dictionnaire de la langue québécoise) et de Mario Bélanger (Petit Guide du parler québécois). On entendra, règle générale, la prononciation à la française du mot. Par exemple, «j’ai un petit ‘parté’ ce soir », comme si on disait «je vais au marché… ». Mais les médias sont encore réticents à respecter la graphie francisée (!) des locuteurs et à écrire, comme le Devoir aurait pu le faire : «… des ‘partés’ de bureau».

Opérer un lieu ? (2025)

2025-12-09. Les observations grammaticales d’un correcteur ne sont pas toujours respectées. Jacques Lafontaine, ancien directeur de la révision linguistique du Journal de Québec et de son « frère » montréalais a écrit à propos du verbe ‘opérer’ : « … ne peut pas être utilisé dans le sens […] de ‘tenir un commerce’. C’est un anglicisme. On ne dira pas ‘François opère une station-service’, mais ‘François gère, dirige ou exploite une station-service’ » (Les mots dits; 350 trucs…; Les Éditions du Journal, 2016, p. 91). En dépit de la mise en garde, le chroniqueur d’expérience Antoine Robitaille écrit à propos des pentes enneigées du Mont Sainte-Anne: « … la société qui […] opère ce lieu … » et « … depuis qu’il opère la montagne… » (Le Journal de Québec, 9 décembre, p. 13). C’est dire que la remarque de J. Lafontaine, pourtant destinée au personnel du Journal, ne 'percole' pas.

Des emplois à combler (2025)

2025-12-10. La Davie, la société, devrait recevoir une plainte. Mais, à vue de nez, la justification semblera, sinon futile, du moins d’ordre secondaire. La bévue n’est pas identifiée comme telle par nombre de locuteurs. La société publie une page publicitaire dans le Journal de Québec (10 décembre, p. 15). La manchette en est « Davie : 1000 emplois à combler ». L’Office québécois de la langue française fait l’observation à propos de l’expression : «… à éviter : combler un poste » et on la justifie ainsi : «C’est une impropriété d’employer le verbe ‘combler’, à la place de ‘pourvoir’, en parlant d’un poste. Au sens propre, on peut combler un puits […] Dans les emplois au sens figuré, on peut combler une lacune […] mais on ne saurait combler un poste » (Vocabulaire des relations professionnelles / M. Lapointe-Giguère; 2009). Bref, les publicitaires de la Davie devraient revoir la traduction trop littérale de l’expression «1000 jobs to fill».

Une opportunité? (2025)

2025-12-01. Un billet de Jacques Lafontaine, directeur de la révision linguistique au Journal de Montréal pendant de nombreuses années, s’in...