vendredi 11 septembre 2026

Prix régulier (2026)

2026-08-02. Tapis Demers de Thetford, un important vendeur de mobilier, ignore encore les expressions françaises «prix courant», «prix de base», «prix ordinaire» ou «prix initial». Le marchand n’annonce que des «prix réguliers» ou des «rég.» et même un «rég» (sans le point abréviatif) dans la page publiée dans le Journal de Québec de la fin de semaine (1er-2 août, p. 13). Mais l’adjectif français «régulier» n’a pas le sens de «courant», «habituel», «usuel» ou «ordinaire» comme cela est le cas de « regular ». Il est compréhensible que Tapis Demers tombe dans le piège et rende, sans s’en rendre compte, «regular price» par le calque « prix régulier ». L’anglicisme fait partie du décor laurentien! Gérard Dagenais l’a épinglé dans les années 1960 : «Il ne faut pas dire […] dix cents de moins que le prix régulier, mais […] dix cents de moins que le prix courant » (Dictionnaire des difficultés… 1967).

 

Dédié ? (2026)

2026-08-03. Alto, le train pancanadien à grande vitesse, invite citoyens et voyageurs à utiliser ses services. Inévitablement, se glisse un anglicisme courant dans la page publicitaire consacrée à la nouvelle : « Découvrez notre approche dédiée aux terres agricoles » (Le Journal de Québec, 3 août, p. 48). Le Multi dictionnaire de la langue française (1999), un classique usuel correctif des Québécois, précise :« Dédié, iée… Formes fautives… fonds dédiés à. Anglicisme pour ‘fonds consacré à, destiné à, réservé à.’». Pour sa part, le professeur Lionel Meney alerte aussi les locuteurs et les écrivants. Il note au mot « dédié » : « le calque de l’angl., déjà entré dans le domaine informatique (‘système dédié’), se répand en français standard » (Dictionnaire québécois-français; 1999). Que pourrait-on écrire alors à la place d'« approche dédiée aux… »? Quelques possibilités, à tout hasard : … adaptée, destinée, réservée, propre… En somme, les options sont multiples

 

Enjeu (2026)

2026-08-04. Le mot «enjeu» agrandit son territoire sémantique. Selon le Multi dictionnaire de la langue française, il désigne d’abord une somme d’argent risquée au jeu, mais aussi, de manière figurée, « Ce qui peut être gagné ou perdu dans une entreprise ». Le dictionnaire présente une mise en garde : « Ne pas confondre avec les noms suivants : ‘défi…, objectif…, problème…, problématique… ». Les quatre signataires d’une lettre (R. Trudel, M. Blais, L. Deschâtelets et R. Hébert) publiée dans le Journal de Québec (1er- 2 août, p. 28) cèdent au charme du mot : « Le vieillissement n’est plus […] un enjeu de santé. Il est devenu un enjeu de gouvernance … ». Un chroniqueur note la fortune du mot : « On disait autrefois… que la prééminence en Europe avait été l’enjeu des guerres […] Maintenant il est question des enjeux de la littérature, de la peinture […] On est comme invité à supposer des mises et des intérêts partout » (P. Bénard, Le Petit manuel du français maltraité).

 

Paramédics? (2026)

2026-08-04. Le Journal de Québec publie une nouvelle de l’Agence QMI sous la manchette « Un homme sauvé des eaux de la rivière Saint-Charles ». La dernière phrase en est la suivante : « L’homme a […] été pris en charge par les paramédics… » (Le Journal de Québec, 5 août, p. 15). Le mot «paramédic» est absent du Multi dictionnaire de la langue française. Mais l’adjectif « paramédical » s’y trouve. Lionel Meney a inséré le substantif « paramédic » dans le Dictionnaire québécois-français (1999) et il le définit ainsi : « personnel paramédical, auxiliaire médical, ambulancier ». Il note qu’il constitue un emprunt direct à l’anglais. Le français au micro (Radio-Canada) donne l’essentiel : « On appelle technicien ambulancier paramédical (TAP) la personne qui transporte des malades ou des blessés en ambulance et qui est en mesure de prodiguer certains soins d’urgence. On peut également dire ambulancier paramédical ou technicien ambulancier »

 

Vidanges (2026)

 2026-08-06 Une pointe d’incertitude peut préoccuper nombre de lecteurs à la lecture de la phrase qui suit et son dernier substantif : « Les seuls parasites […] sont provoqués par le défaut de ramasser les vidanges ….» (Le Journal de Québec, 6 août 2026, p. 7, 4e col.). La citation est celle d’un propriétaire. Un coup d’œil rapide au Multi dictionnaire mettra la puce à l’oreille de tout rédacteur : « Vidange… Forme fautive. Vidanges. Impropriété au sens de ‘déchets’, ‘ordures’ »). Voudrait-on faire une contre-vérification? Prenons le recueil de billets publié par Camil Chouinard (1933-2020), conseiller linguistique de Radio-Canada pendant deux décennies : « Quand on parle du contenu des poubelles, il convient de dire des DÉCHETS ou des ORDURES, et d’éviter le mot ‘vidanges’ qui a un tout autre sens. Le mot VIDANGES […] désigne les matières vidées des fosses d’aisances, autrement dit les excréments » . De fait, il aurait été plus juste de dire «ramasser les ordures» au lieu de «ramasser les vidanges».

Fake news (2026)

2026-08-07. Aux États-Unis et au Canada, on connaît bien les «fake news». Au Québec aussi. Le président Trump a soufflé sur les braises de l’expression au cours de ses mandats. A-t-on des solutions de rechange à proposer en français? On peut lire dans le Journal de Québec l’extrait suivant d’une nouvelle de l’Agence France-Presse : « La porte-parole de la Maison-Blanche […] et son homologue du Pentagone […] ont dénoncé mercredi soir une ‘fake news’» (Le Journal…, 7 août 2026, p. 12). On a proposé des équivalents. France Terme a reçu une proposition : infox, et l’a acceptée. Mais d’autres suggestions auraient pu être couronnées : une fallace, un infaux , une infausse, ou «de l’intox ». Le mot « Fallace » pourrait connaître le succès. Il est présent dans le Nouveau Littré publié en 2004 et précède deux «descendants!» : fallacieusement et fallacieux. Mais l’attrait de l’expression anglaise sera difficile à atténuer, même si son enracinement est récent.

Tournures : Dans le cadre de... (2026)

2026-08-08 On aura peut-être lu la phrase qui suit dans le Journal de Québec : « Plus tard, il (Stéphane Plouffe) avait reçu 11 ans de prison dans le cadre d’un complot pour meurtre au terme de l’opération SharQc… » (Frédérique Giguère et Maxime Deland, Le J. de Qc, 8-9 août 2026, p. 13). Si on la lit attentivement, on comprendra que les onze ans de prison étaient prévus au moment de l’élaboration du complot : «11 ans de prison dans le cadre de…». L’expression prend plutôt ici le sens d’«à la suite d’un complot» ou d’«en raison d’un complot». Le Multi dictionnaire met les locuteurs en garde lorsqu’ils envisagent de s’en servir au sens de «à l’occasion de», comme l’usage le révèle. Dans la phrase relevée, l’expression prend avant tout le sens de «à la suite de» ou «en raison de…». Ces deux tournures remplaceraient avantageusement «dans le cadre de…» : «… onze ans de prison à la suite d’un complot…».

 

Prix régulier (2026)

2026-08-02. Tapis Demers de Thetford, un important vendeur de mobilier, ignore encore les expressions françaises «prix courant», «prix de ...