2026-04-03. La Société du patrimoine politique du Québec
annonce une conférence intitulée «La ligne de parti de la Confédération
à nos jours ». L’expression «ligne de parti» se rendrait en principe par «
discipline de parti » . Deux lexiques publiés par le Bureau des traductions (Le
langage parlementaire, 1989, et Activité parlementaire, 1982) traduit «party line»
par «discipline de parti», sans plus. Un lexique rédigé à l’Assemblée nationale
va au-delà. On y lit d’abord une définition puis l’équivalent en français :
«Position commune imposée aux membres d’un parti politique, ou d’un groupe
parlementaire. […] Au Québec, on emploie parfois l’anglicisme ‘ligne de parti’»
(Lexique des termes parlementaires en usage en Belgique, en France et au
Québec; 1986). Dans l’ensemble, les avis semblent diverger. Pour sa part,
Lionel Meney écrit : «L’ang. dit ‘party line’; en français standard, on dit :
‘être dans la ligne du parti’, ‘suivre la ligne du parti’ agir conformément à
son orthodoxie)» (Dictionnaire québécois-français; 1999). Bref, on a quand même
un équivalent : discipline de parti.
Le français québécois au quotidien
mercredi 6 mai 2026
La ligne de parti (2026)
Un narratif! (2026)
2026-04-04. Monsieur Bonnardel «avait le narratif»! Le Journal de Québec reproduit sa phrase : «Ma blonde … m’a aidé à me préparer […] J’avais le narratif, mais elle me disait ‘non, on recommence’» (Le Journal de Québec, 4-5 avril, p. 8, 4e col.). L’emploi du mot comme substantif est inhabituel. Les dictionnaires d’usage n’en donnent pas d’exemples. Mais on en aligne lorsqu'on l’utilise comme adjectif : élément narratif, histoire narrative, schéma narratif, style narratif, etc. Par contre, l’anglais offre le substantif «narrative» et de son sens «récit, narration». On peut donc faire l’hypothèse que le député Bonnardel a intégré l’expression anglaise tout en la francisant et en la masculinisant : «le narratif». Il aurait pourtant été plus naturel et plus simple de dire : «… j’avais les mots qu'il fallait».
Dès ou À partir de... ? (2026)
2026-04-05. Bernard Cerquiglini entame plusieurs de ses billets linguistiques par le slogan « Ne craignons pas d’être un peu puriste; à bon escient du moins ». C’est le cas précisément de celui portant sur la préposition « dès ». Il écrit : « Pour désigner le moment […] où une action a commencé, on peut utiliser ‘à partir de’ ou ‘depuis’ […] On emploie également la préposition ‘dès’. Celle-ci toutefois apporte une nuance supplémentaire intéressante : elle indique la précocité de l’action considérée » (Merci professeur! Chroniques savoureuses…; Paris : Bayard, 2008, p. 119). La précocité de l’action! précise-t-on. Considérons maintenant la phrase « La cause sera entendue en août prochain, avec possibilité de libération conditionnelle totale dès janvier 2027…» (Isabelle Maréchal, Le Journal de Québec, 4-5 avril, p. 30). La préposition « dès » n’aurait-elle pas dû être remplacée par « à compter de janvier » ou « à partir de janvier »? À chacun de donner son avis.
Duh! (2026)
2026-04-06. Le chroniqueur Richard Martineau vient d’importer des États-Unis une nouvelle interjection : «Duh» Cette dernière suit la phrase : « On se demande pourquoi autant de gens sont stressés, déprimés, dépressifs. Duh.» Un correspondant m’informe qu’elle viendrait de la populaire émission sur les Simpsons. Un des personnages, Homer, la répèterait sans cesse : Duh! ou Dah! En français québécois populaire, on dirait quelque chose comme «Bin quoi!». On me fait remarquer par ailleurs que Gaston La Gaffe s’écrierait dans une circonstance semblable : «M’enfin!». L’interjection anglaise est présente dans les répertoires électroniques… de langue anglaise. Jean Forest l’ignore dans la courte liste qu’il a établie d’environ 350 exclamations courantes au Québec et d’inspiration américaine (dans le Grand Glossaire des anglicismes..; 2008). Et il note que les Québécois en emploient peu qui seraient d'origine française.
À Mexico ou à Mexico city? (2026)
2026-04-07. Il existe deux toponymes en français pour désigner d’une part la ville capitale, Mexico, et d’autre part le pays, le Mexique. On peut donc passer deux semaines au Mexique et trois jours à Mexico. C’est clair. En espagnol, on dirait : «en Mexico» et «a Mexico»; et, en anglais, : «in Mexico» et «in Mexico city» ou «in Mexico D.F.» (distrito federal). Ceci dit, le journaliste Jérémy Bernier est-il justifié d’écrire «Mexico city»? dans la phrase : « Hugo Masson-Montminy a été vu pour la dernière fois le 26 mars dernier à Mexico City»? (Le Journal de Québec, 7 avril,11 h 4). Les lecteurs francophones comprennent spontanément : «à Mexico», donc dans la ville, dans la capitale. Si on avait voulu indiquer le pays, on aurait écrit «au Mexique». Une option semblable existe pour le Guatémala, la ville ou le pays. En somme, «à Guatémala» (comme à «à Mexico») signifie déjà dans la capitale, dans la ville.
Une canne (!) de sirop (2026)
2026-04-08. Le Courrier du soir du Devoir emploie l’expression «cannes de sirop d’érable» (8 avril, 19 h 52). L’attitude des auteurs de dictionnaires varie beaucoup de l’un à l’autre face au mot «canne». François D’Apollonia identifie «canisse» et «cannage» mais néglige «canne» (Le Petit dictionnaire des québécismes). Le Petit Robert l’ignore lui aussi, mais reconnaît les voisins «canette» ou «cannette» et précise son origine : «… de l’anglais ‘can’». Le Colpron ou Dictionnaire des anglicismes (1999) l’épingle également et propose son remplacement par «boîte, canette ou cannette». De son côté, Lionel Meney (Dictionnaire québécois-français; 1999) l’inscrit dans la lignée de l’ancien français et constate sa présence dans le vocabulaire anglais. Marie-Éva de Villers le classe dans la catégorie des «formes fautives» et des anglicismes lorsqu’on lui donne le sens de «canette» ou de «boîte de conserve».
Dans un dépanneur ! (2026)
2026-04-09. Une manchette exemplaire : « Incendie criminel dans un dépanneur » (Le Journal de Québec, 9 avril, p. 10). Au premier regard, elle est correcte. Mais essayons de l’étendre à d’autres secteurs : « incendie criminel dans un épicier», «… dans un pharmacien», «… dans un restaurateur », etc. On récusera illico ces locutions et on s’entendra sur les tournures : « dans une épicerie, … dans une pharmacie, dans un restaurant». Et jamais «dans un pharmacien ou dans une pharmacienne, jamais dans un épicier… L’expression modèle « dans un dépanneur » est tout à fait déjantée par rapport aux exemples alignés. Le dérapage s’explique sans doute par l’urgence observée à l’époque, au cours des années 1980, de dénicher rapidement un équivalent à «convenience store». On connaissait la fonction de «dépanneur», on ne semble pas avoir imaginé la « dépannerie! », la petite épicerie ou l’épicerie du coin, la supérette à la française.
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