dimanche 2 août 2026

Place et esplanade (2026)

2026-07-01. Faut-il distinguer une place et une esplanade? La question se pose au moment ou la Ville de Québec invite la population à un concert de l’Orchestre symphonique à la «place» Jean-Béliveau (Le Journal de Québec, 27-28 juin, p. 23). Une place est, selon le Multi dictionnaire, un «espace découvert […] sur lequel débouchent plusieurs voies de circulation…». Les citoyens de Québec pensent illico à Place D’Youville. Mais la «place» Jean-Béliveau est d’abord et avant tout enclavée dans le parc de l’exposition. Si on se fie aux définitions des dictionnaires, il y aurait lieu de désigner le lieu par l’expression «esplanade Jean-Béliveau», c’est-à-dire : «Espace uni et découvert situé en avant d’un édifice…» (Le Multi dictionnaire; 2021).

 

Mourir et décéder (2026)

2026-07-03. Les correcteurs de Vos informations à la source (Québecormedia.com) devraient informer les journalistes que les verbes «mourir» et «décéder» s’utilisent dans des contextes différents. On meurt dans un accident : chute d’avion, carambolage routier, incendies… On décède chez soi, dans son sous-sol, en regardant une émission de télé, ou en faisant la sieste à l’extérieur. Aussi pourra-t-on se montrer dubitatif à la lecture de la manchette : « Une finissante décédée dans un accident : son père réclame des changements sur la route…» (Vos infos à la source, 3 juillet, 17 h 16). Jean Darbelnet note à propos du verbe « décéder » : « … ne se dit pas d’une mort violente ou accidentelle » (Dictionnaire des particularités de l’usage). Et même un ancien correcteur de Québecor, Jacques Lafontaine, écrit «On dit ‘un tel meurt dans un accident’ et non ‘un tel décède dans un accident’» (Les mots dits; 2016).

 

Jobs à combler (2026)

2026-07-04. La manchette du Journal de Québec de la fin de semaine (4-5 juillet, 1e p.), «35 000 jobs payants à combler chez Hydro», est critiquable à plus d’un titre. Limitons-nous au mot « combler ». Si les correcteurs du quotidien avaient ouvert un ouvrage correctif, par exemple, le Multi dictionnaire de la langue… (2021), ils y auraient lu au mot relevé : « Forme fautive. Combler un poste. Impropriété pour [...] ‘pourvoir à un poste’ ». À propos de l’expression, on y écrit : « … on peut combler un puits, un fossé […] on peut combler une lacune, un déficit, un besoin, des voeux ou des aspirations, mais on ne saurait combler un poste » (Vocabulaire des relations professionnelles / OQLF; 2009). Au motif de la qualité de la langue, on eut aimé lire : «… jobs payants à pourvoir…» ou «… postes payants à pourvoir…».

 

Raisons sociales: Fondation One Drop (2026)

2026-07-04. La Fondation One Drop de Guy Laliberté, active depuis deux décennies, cesse ses activités au cours des six mois à venir. L’appellation franglaise n’aura pas suffi à assurer sa permanence, et donc sa survie. Mais il faut quand même souligner les propos exemplaires du fondateur de l’entreprise : « Après une réflexion approfondie, le conseil d’administration a pris la décision de faire évoluer la Fondation One Drop vers un modèle non opérationnel au cours des prochains mois » (Le Journal de Québec, 4-5 juillet, p. 48). Bref, One Drop fermera boutique à la fin de l’année. Sans qu’on sache ce que recèle l’expression « One Drop» : une petite goutte? une balle tombante? ou encore un verre? Par prudence cependant, il y aurait lieu de proposer aux éditeurs de la prochaine édition du Multi dictionnaire un article sur le sujet.

On peut tu être fiers ? (2026)

 2026-07-09. Les élues et élus québécois, ceux et celles qui siègent à des conseils municipaux, à l’Assemblée nationale ou à la Chambre des communes se doivent, dans leurs communications officielles (conférences de presse, communiqués, circulaires…) d’utiliser un français de bonne qualité et même soigné. Il arrive malheureusement trop souvent qu’on observe un laisser-aller regrettable. Veut-on un exemple récent? Le Soleil reproduit une expression du maire de Québec, Bruno Marchand : «'On peut tu être fiers de nous là?' (8 juillet). Une telle phrase vaudrait une mauvaise et même une très mauvaise note à l’école et au collège. Les enseignants ou les professeurs proposeraient des solutions : Pouvons-nous être fiers? Pouvons-nous être fiers de nous là? Peut-on être fier de nous? Employer «on peut tu...», c'est surtout se mépriser et massacrer sa propre langue. Sans doute de manière inconsciente cependant.

Vente trottoir ? (2026)

2026-07-10. Les publicitaires devraient s’imposer, par prudence, la consultation de l’usuel correctif de Marie-Éva de Villers : le Multi dictionnaire de la langue française. Si le marchand Cuisina avait suivi cette règle il aurait évité l’accroche «Vente trottoir » utilisée dans la page publicitaire publiée dans le Journal de Québec : « Vente trottoir jusqu’à 85 % de rabais…» (10 juillet, p. 56). L’usuel identifie, à l’article «Vente», quelques formes fautives parmi lesquelles on trouve la suivante : «Vente de trottoir. Impropriété pour braderie». Le professeur Pierre Cardinal fait un commentaire semblable : «Vente de trottoir… Sous l’influence de l’anglais ‘sidewalk sale’ […]. Le français canadien connaît le mot ‘braderie’…» (Le VocabulAide; 2009). Pour sa part, Lionel Meney avait fait une observation identique (Dictionnaire québécois-français; 1999). Si l’on veut des synonymes, on aurait donc braderie, soldes-trottoir, soldes en plein air et sans doute quelques autres.

Cash flow (2026)

 2026-07-12. Le romancier Richard Jorif traduit l’expression «cash flow», un pas que les Québécois n’osent pas faire spontanément: il ose «cache-flots». Il écrit : «… un mot composé troublait Frédéric […] Quelle importance avait-il pour que le directeur financier y fit à tout instant référence? Le Littré, entre cache-entrée et cache-folie, ne lui faisait aucune place, ni le (petit) Robert qui entre le cache-flammes et le cache-misère ne souffrait que le cachemire. Ce devait-être un produit de l’argot de métier, et Frédéric, dont l’ambition suprême n’était pas de manipuler les zéros, n’avait rien à faire du cache-flots » (Le burelain; Folio, 2259; p. 108). Les dictionnaires de traduction, savants et sérieux, proposent plutôt « marge brute d’autofinancement » à ceux qui hésitent à utiliser l’expression anglaise (cash-flow) ou le néologisme fantaisiste «cache-flots»! du romancier antillais.

Place et esplanade (2026)

2026-07-01. Faut-il distinguer une place et une esplanade? La question se pose au moment ou la Ville de Québec invite la population à un con...