lundi 1 juin 2026

Frapper (!) une fourgonnette (2026)

2026-05-05. Les habitués du Journal de Québec auront peut-être été surpris en lisant la phrase : «Le conducteur d’une automobile […] aurait ensuite frappé une fourgonnette…» (Le Journal…, 5 mai, p. 2). Une question se pose : le conducteur a-t-il vraiment frappé le véhicule, comme il aurait frappé quelqu’un avec ses poings? Paul Roux écrit sur le sujet : « On peut ‘frapper’ une personne de son poing, mais on la ‘heurte’, on la ‘renverse’ avec un véhicule » (Lexique des difficultés du français dans les médias). De son côté, Camil Chouinard aligne nombre d’équivalents (heurter, percuter, happer, renverser) après avoir noté que ‘frapper’ ne doit jamais désigner un acte accidentel (1500 pièges du français…). Le Guide de rédaction de la Presse canadienne, publié il y a vingt ans, précise « Frapper – Marteler délibérément. Une auto ne ‘frappe’ pas, mais ‘heurte’ ou ‘renverse’ un piéton». L’observation ne devrait-elle pas prendre place dans les guides de rédaction des journaux de Québecor?

Paramédic (2026)

 2026-05-06. Il ne sera pas facile de remplacer le mot le mot anglais «paramédic». L’accent aigu lui donne une allure française. On lit dans le Journal de Québec le passage suivant: «Les paramédics et les agents…» de même que le texte d’une affiche de manifestant : «la CAQ traite les paramédics […] comme de la ‘marde’» (6 mai, p. 22). Des équivalents ou des synonymes sont proposés par la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue : TAP, c’est-à-dire un technicien ambulancier paramédical ou tout simplement «un ambulancier» , «une paramédicale» ou encore «un paramédical» (les deux substantifs sont déjà présents dans la Banque de l’Office) et des «paramédicaux». C’est dire qu’on semble sur la bonne voie et qu’on parviendra à remplacer «paramédic» par «paramédical»…

La machine à spins (2026)

2026-05-07. À l’occasion, M. Bock-Côté ne parvient pas à trouver d’équivalents à des expressions qui lui viennent à l’esprit sous leur forme anglaise. Il écrit : « La machine à spins est lancée » dans le premier paragraphe de sa chronique du 7 mai à propos de la course à la chefferie de la CAQ (Le J. de Qc, 7 mai, p. 30). Il n’est pas le premier à affronter la difficulté. Camil Chouinard consacre un court billet à l’expression «spin doctor». Il la définit comme «ceux qui travaillent pour une personnalité dans le but de ‘dorer’ l’image de leur employeur en influençant [...] les journalistes » (1500 pièges du français parlé et écrit; 2007). Il propose un équivalent pour désigner la fonction : doreur ou doreuse d’image. Le publiciste Michel Rondeau va dans le même sens : «Les ‘spin doctors’ auxquels nos politiciens ont fréquemment recours ne sont […] que de simples ‘faiseurs’ ou ‘doreurs d’image’ et ‘manipulateurs de médias’ …» (L’insidieuse invasion; Somme toute, 2018). Bref, le moussoir serait lancé!

 

Fucking fiers ! (2026)

2026-05-09. Le maire de Québec, Bruno Marchand, n’utilise pas toujours un langage digne d’un élu. Il lui faut à l’occasion [!] faire appel au langage de nos tavernes d’autrefois. La presse reproduit une de ses déclarations récentes « On est ‘fucking fiers!’» des restaurateurs (Le Journal de Québec, 9-10 mai, p. 2). Sur le fond, rien à redire. Mais on peut critiquer la présence de l’expression anglaise ou mieux franglaise. Encore que! Car celle-ci, il faut le dire, passe mieux que l’équivalent français : «foutrement fiers» proposé par les auteurs du Grand Robert & Collins. Ou «très, très fiers»! Le mot de départ, «fuck», serait un terme obscène, pire que le mot de Cambronne : «merde!» (Alfred Gilder, En vrai français dans le texte; 1999). C’est dire que l’interjection ne devrait pas, en principe, sortir de la bouche d’un maire ou d’un élu en public et, par la suite, faire la manchette d’un quotidien.

 

Une table corporative? (2026)

2026-05-10. Le club Kiwanis de Québec organise son 32e souper, nommé Homard 2026. L’annonce en est publiée dans le Journal de Québec (9-10 mai, p. 27). Une expression devrait y être corrigée à l’avenir : «250 $ par personne ou 2250 $ par table corporative». Que signifie l’expression «table corporative»? Probablement, une table à laquelle se retrouveraient des collègues d’une même entreprise, d’une même association, d’une même ville, d’une même région ou d’un même parti politique. Bref, de groupes de toute nature : tantôt des élus municipaux, tantôt des marchands, tantôt des enseignants ou tantôt de nouveaux résidants. La précision «par table corporative » est superfétatoire et même fausse. On pourrait même faire l’hypothèse qu’elle est inspirée de l’anglais «corporate table», comme c’est le cas de «loge corporative» (loge privée) ou encore de «citoyen corporatif» (entreprise citoyenne). Bref, «par table de groupe» ou simplement «par groupe».

Tournures: dans le cadre de... (2026)

 2026-05-11. On utilise actuellement l’expression « dans le cadre de… » à toutes les sauces. Voici un exemple qui peut en constituer une illustration : « Le suspect s’était déjà fait passer les menottes… dans le cadre d’une enquête amorcée en 2024 » (Le Journal de Québec, 9-10 mai, p. 27). Il y aurait un lien, un engrenage naturel, mécanique pourrait-on dire, entre l’enquête et l’emploi des menottes. Si on dit « dans le cadre de la loi » ou « dans le cadre de la tournée des régions », on indique que la loi est explicite dans le premier cas et que le programme de la tournée est bien établi et qu’une activité est prévue dans le second. L’abus de la tournure est déjà critiqué lorsqu’on la prend au sens de « à l’occasion de… ». Mais on y cède régulièrement. Dans l’exemple relevé, on lui a donné celui de « à la suite d’une… » enquête. Il est pourtant évident que l’utilisation des menottes n’étaient pas inscrite ipso facto dans le déroulement de l’enquête. « Dans le cadre de » a déjà remplacé « à l’occasion de ». Il vaincra sans doute aussi « à la suite de… ».

Mission à l'internationale ! (2026)

2026-05-12. Voici le texte de présentation de TVA Nouvelles diffusé à 5 h (12 mai) : «Christine Fréchette effectuera sa 2e mission à l'internationale en France la semaine prochaine ». C’est un fidèle copié-collé. Il va de soi qu’on aurait dû y lire «à l’international ». Ceci dit, notons qu’on ignore l’équivalent traditionnel : «à l’étranger». Il faut quand même souligner qu’on n’a jamais vu des expressions du même registre : par exemple «mission à l’intermunicipal», «mission à l’interrégional» ou encore «… à l’interprovincial». L’Académie française a déjà noté que l’expression «à l’international» a le vent dans les voiles et qu’elle tend même à en abuser (billet de train valable à l’international; réactions à l’international; etc.). Le traducteur André Racicot juge qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer. Effectivement! Mais un voyage à l’étranger est sans doute plus stressant qu’un voyage à l’international!

 

Être impacté ? (2026)

 2026-05-13. L’affirmation est forte et péremptoire : «Nous sommes tous concernés et impactés» (Pierre-Karl Péladeau, Vos informations à la source : infolettre du 12 mai, 17 h 21). Le Multi dictionnaire de la langue… précise à propos du verbe «impacter» : s’emploie sous l’influence de l’anglais et est critiqué par certains auteurs. Mais on l’utiliserait de plus en plus. Cependant, on pourrait lui substituer les verbes «influer sur», «se répercuter sur», «toucher» ou l’expression «avoir une incidence sur». Le dictionnaire Bordas, publié en France, note qu’on l’utilise souvent de manière abusive dans la langue à la mode. Pour leur part, les auteurs du Larousse des difficultés et pièges (2014) affirment que le verbe n’existe pas et que son invention n’est d’aucune utilité. De fait, les équivalents proposés sont nombreux : toucher, frapper, atteindre, affecter, etc. En somme, on peut facilement remplacer le verbe controversé.

Lorsque interrogé ? (2026)

  2026-05-15. Le Multi dictionnaire observe à propos de la conjonction ‘lorsque’ : « … doit être suivie d’un verbe […]. ‘Le ministre a confirmé la décision lorsqu’il a été interrogé’ (et non lorsque interrogé) par un député…’ ». Le dictionnaire cité fut publié en 2021. Cinq ans plus tard, en 2026, on néglige encore la règle. On peut lire « … s’est emporté M. Simard lorsque questionné sur la pertinence… » (Marc-André Gagnon, Journal de Québec, 14 mai, p. 11). Lionel Meney relève, dans le Dictionnaire québécois-français (1999), une dizaine d’exemples de cette tournure calquée sur l’anglais. Comme on le constate, elle continue sa « carrière ». Camil Chouinard l’épingle encore quelques années plus tard : « L’usage incorrect des conjonctions ‘quand’ et ‘lorsque’ est une habitude de nos journalistes […] par exemple : ‘Deux personnes ont été blessées ‘lorsque’ […] leur voiture est entrée en collision avec un camion… » (1500 pièges du français…; 3e éd., 2007). L’expression « … blessées dans la collision… » aurait pourtant suffi.

Décéder (2026)

2026-05-16. L’essayiste Alfred Gilder écrit : « Curieux pays, la France! On n’y meurt plus : on y décède » (Les mots traîtres; 2025). De ce côté-ci de l’Atlantique, on pourrait aussi écrire « Curieux pays, le Québec! On y décède, mais on y meurt de moins en moins! ». On y décéderait (!) au cours d’une bagarre, d’une baignade ou lors d’un accident de voiture. Une telle tragédie est rapportée par la journaliste Victoria Baril : « Un motocycliste de 26 ans est décédé dans une collision… » (Le Soleil, 15 mai, 17h 58). Un ancien correcteur du groupe Péladeau écrit : « ‘Décéder’ et ‘mourir’ ne sont pas interchangeables […] On dit ‘un tel meurt dans un accident’ et non ‘un tel décède dans un accident’ » (Jacques Lafontaine, Les mots dits; 350 trucs…; 2016). Les observations du Multi dictionnaire vont dans le même sens.

 

Raisons sociales (2026)

2026-05-18. 18 mai : c’est la journée des patriotes. L’actualité ou les manchettes du jour n’illustrent pas toujours le rappel historique remontant au XIXe siècle. Les premières lignes d’un article du Soleil proclament : «Le North Savage Gang, un groupe composé d’anciens membres de la Blood Family Mafia, gagne en influence dans le milieu criminel, jusqu’à s’imposer comme le principal adversaire des Hells Angels (le journal, 18 mai, 9 h 50). Les efforts de francisation des raisons sociales qu’a connus le Québec depuis un demi-siècle sont ignorés dans certains milieux spécialisés. De là, la persistance de North Savage Gang, de Blood Family Mafia et de Hells Angels. De telles enseignes indiquent que les entreprises sont mal intégrées à la société québécoise. Cela tient sans doute pour une bonne part à la nature des activités des groupes, mais on ne devrait pas y ajouter en plus le monopole de l’anglais dans leur appellation. L’imagination et la créativité devraient être sollicitées des francophones québécois et même canadiens. Ceci dit, bonne fête des patriotes!

Débuter la journée (2026)

 2026-05-19. La rédaction de chroniques linguistiques est un passe-temps agréable et roboratif. Il ne faut pas cependant être trop militant ni trop vindicatif. La consultation des commentaires et recommandations faits dans le passé conduit souvent à la prudence ou aux compromis. Prenons le verbe « débuter ». Les abonnés du Soleil lisent quotidiennement l’accroche : « Aujourd’hui : Tout ce qu’il faut savoir pour débuter la journée ». Pourtant le Multi dictionnaire (2021) observe à son sujet : « … est intransitif […]. Dans une phrase comportant un complément direct, on pourra employer les verbes ‘amorcer, commencer, ébaucher, engager, entamer, entreprendre, lancer, ’… ». Lionel Meney note quant à lui : « En français standard, le verbe ‘débuter’ est intrans., cependant la constr. trans., bien que critiquée, se rencontre cour. en France » (Dictionnaire québécois-français; 1999). Et Jean-Paul Colin commente : « … les tours transitifs ‘débuter l’année, une carrière, une émission, etc., sont aujourd’hui très répandus et on ne voit pas au nom de quoi on pourrait refuser cette extension syntaxique » (Dictionnaire des difficultés du français ; 1999). L’exercice serait devenu un violon d’Ingres!

Exclamations: Faque! (2026)

2026-05-20. Rose-Hélène Côté, verbicruciste et chroniqueuse au Journal de Québec, constate que la langue française s’adapte bien à notre époque. Elle relève l’existence de la locution « faque », « fa que » ou tout simplement « fak ». Elle écrit « … quand on voit des mots comme […] ‘faque’ […], on ne peut pas dire que la langue française ne s’adapte pas » (Le Journal de Québec, 20 mai, p. 25). De fait, le journaliste Paul Morissette reproduit une citation : « La machine s’est arrêtée […] faque j’ai appelé l’intendant… », et il la corrige. Le passage devient « Alors, donc, du coup, la machine s’est arrêtée […], alors j’ai appelé l’intendant… » (Mots et expressions québécois / Impératif français; 2023). En somme, le français s’adapte merveilleusement bien au terroir québécois : la tournure « fait que » devient « fa que »! Cela est clair et limpide. Espérons que le premier ministre ou le ministre de la langue lancera à la première occasion : « Faque la qualité de la langue s’améliore de jour en jour »!

Un comté ! (2026)

2026-05-21. Selon le Multi dictionnaire de la langue française (au Québec, faudrait-il préciser), le mot « comté » est un anglicisme lorsqu’il est employé au sens de « circonscription électorale ». Il y a près de 60 ans, Gérard Dagenais écrivit : «le terme anglais ‘county’ a au Canada le sens général de ‘circonscription électorale’. On ne doit pas prêter cette acception au mot ‘comté’» (Dictionnaire des difficultés de la langue…; 1967). De fait, un comté serait administré par un comte. Mais les « comtés » que connaissent les contemporains, leurs proches ou plus lointains ascendants, sont des circonscriptions électorales. Et ceux qui représentent les citoyens y vivant sont des députés ou des élus et non des « comtes ». Aussi les affrontements partisans que connaitront les Québécois au cours des mois à venir n’auront pas lieu dans des comtés (comme semble le croire K. Gagnon, Le J. de Qc, 21 mai, p. 😎, mais dans des circonscriptions. Comme ces comtés ont leurs lettres de noblesse, on pourrait souligner leur prestige en les guillemetant!

 

Frapper (!) une fourgonnette (2026)

2026-05-05. Les habitués du Journal de Québec auront peut-être été surpris en lisant la phrase : «Le conducteur d’une automobile […] aurait ...