2026-09-24. La chroniqueuse K. Gagnon écrit « Les boomers finiront bien par crever…» et «Les boomers ne votent pas pour le PCQ» (Le J. de Qc, 23 septembre 2026, p. 4). Cela arrivera, c’est inévitable. Mais pour l’heure, il faudrait parvenir à désigner ces «boomers», ces Québécois nés entre 1945 et 1960, d’un mot français. Le Multi propose déjà une solution : «baby-boumer». On pourrait faire un pas supplémentaire et proposer «bébéboum» ou «bébéboumeur». L’interjection «boum» est déjà présente dans le Multi dictionnaire… (2021). Chantal Contant l’a inscrite dans son Grand vadémécum… (2009), mais elle néglige le calque «bébéboum» et retient «babyboum» et «babyboumeur, euse». C’est un petit pas de francisation qu’il y aurait lieu de prendre en exemple.
mercredi 30 septembre 2026
Modérer un réseau social (2026)
2026-09-25. On aura peut-être lu le passage suivant de la journaliste Karine Gagnon : « Rosalie avait été exposée aux commentaires agressifs sur les réseaux sociaux, qu’elle modérait » («La fille de Drainville a eu peur…», Le Journal de Québec, 24 septembre, p. 6). Il y a sans doute des réunions qu’il faut animer et d’autres qu’il faut diriger et possiblement « modérer », «calmer», «assagir». Mais de telles interventions lors d’une assemblée peut prendre diverses formes : la présider d’autorité, la diriger sagement, l’animer de manière consensuelle. Pour l’heure, le dictionnaire d’usage qu’est le Multi dictionnaire de la langue est silencieux sur les sens nouveaux que prennent le verbe «modérer» et les substantifs «modérateur» et «modératrice». Et même «modération»!
Comté (2026)
2026-09-25. Il y a quarante ans, le notaire Jean Martineau écrivit à propos du mot «comté» : «C’est abusivement que le législateur et des hommes de loi appellent ‘comté’ une ‘circonscription électorale’ (La Revue du notariat, nov.-déc. 1986). L’actualité quotidienne reproduit d’instinct, sinon l’anglicisme, du moins l’impropriété, car il y a belle lurette (!) que le Québec n’a plus de comte ni de vrai comté. Le journaliste P. Bellerose est au fait de la situation. Il écrit « Dans sa circonscription, la cheffe de la CAQ…» (Le J. de Qc, 25 septembre, p. 7). Cependant, les chargés du titrage ont proposé (et imposé!) « En danger dans son comté » et « … l’emportera-t-elle dans son propre comté?» Il faudrait au moins que les relecteurs guillemettent le mot mis en cause.
Risquer de... (2026)
2026-09-26. Tous les partis politiques en lice à l’occasion des élections de l’Assemblée nationale prennent un immense risque. Mathieu Bock-Côté s’en tient au Parti Québécois et il écrit : « Le PQ risque de l’emporter » (26-27 septembre, p. 55). Il est peut-être prémonitoire d’entrevoir une défaite éventuelle à la suite d’élections générales victorieuses le 5 octobre. Tous les partis en concurrence prennent ce risque! c’est-à-dire de remporter une majorité de sièges et de former le prochain gouvernement québécois. Le linguiste Jean Darbelnet noterait sans doute encore, comme il l’a fait il y a 40 ans : «Il est abusif d’employer ‘risquer’ à propos de choses favorables. […] On ne peut risquer qu’un inconvénient » (Dictionnaire des particularités de l’usage; 1986). MBC n’aurait-il pas dû écrire : « … court la chance de l’emporter »?
Prix régulier (2026)
2026-09-27. Le marchand de tapis Demers de Thetford, dont l’appellation officielle est toujours Demers Tapis, perpétue la tradition de l’anglicisme « prix régulier ». Une page publicitaire parue dans le Journal de Québec (26-27 septembre, p. 19) précise «Tous les prix […] sont calculés à partir du prix régulier». Et on multiplie l’abréviation «rég.» et l’anglicisme «régulier». L’équivalent de «regular price» est «prix courant». Le marchand pourra contre-vérifier l’observation à l’aide du Multi dictionnaire de la langue… (2021). L’une des formes fautives relevées est celle-ci : «prix régulier. Anglicisme pour ‘prix courant’». L’intelligence artificielle produit un avis semblable : «… l’expression ‘prix régulier’ est un calque de l’anglais (regular price)» et recommande de lui préférer ‘prix courant’. Tout est dit.
Bicycle (2026)
2026-09-28. Il est assez logique que les éditeurs du Journal de Québec publient la manchette « Montréal, la république du bicycle » (28 sept., p. 25). Logique, parce que l’auteur de l’article emploie deux fois le mot «bicycle» sans évoquer les équivalents «vélo» ou «vélocipède» , « bécane», «petite reine», lesquels ont le malheur d’être de meilleure qualité! C’est même une impropriété. Un bicycle était un véhicule à deux roues d’inégale grandeur (Multi dictionnaire de la langue…), une grande à l’avant et une petite à l’arrière. Ce n’est pas le cas de la bicyclette ou du vélo. La moindre prudence langagière devrait inspirer le guillemetage du mot «bicycle» (impropriété) et de l’expression «bicyclette à deux roues». Le Journal aurait fait rire ses lecteurs en évoquant «la république de la petite reine»!
Balance du pouvoir ! (2026)
2026-09-29. Un correspondant passionné de la qualité de la langue, F. Brunet, fait part aux professionnels que sont A. Castonguay et J. Drolet, les deux à Radio-Canada, que l'expression « balance du pouvoir », qu'ils emploient à l'occasion, serait un calque de l’anglais. Selon Jean Darbelnet, « avoir la balance du pouvoir », c'est être l'arbitre de la situation (Dictionnaire des particularités de l'usage (1986). Il commente: « Lorsqu'un parti politique peut mettre le gouvernement en minorité en votant avec un autre parti, on dit qu'il est l'arbitre de la situation ». Et on pourrait poursuivre : … qu’il dispose d’une minorité de blocage, qu’il est en position charnière, qu’il est maître du jeu, etc. mais non qu'il a « la balance du pouvoir », tournure calquée sur l’anglais que l’on entend souvent en territoire québécois.
Dépanneur (2026)
2026-09-30. L’habitude s’est imposée : on passe au dépanneur, on y achète un trochet de bières, on y achète les journaux… Le dépanneur n’est pas l’équivalent de l’épicier. Ce serait plutôt l’épicerie. Ainsi en est-il des extraits suivants : «dans son dépanneur…», «le dépanneur aux allures futuristes» et «Le dépanneur le plus proche était à 15 km» (Le Journal de Québec, 30 septembre, p. 2). Québécois que nous sommes, la fierté est de mise, car «dépanneur» a vaincu «convenience store»! Mais après un second regard, n’en viendrions-nous pas à la conclusion que le mot «dépannerie» aurait été plus juste pour désigner le commerce? dont le propriétaire serait le «dépanneur».
vendredi 11 septembre 2026
Prix régulier (2026)
2026-08-02. Tapis Demers de Thetford, un important vendeur de mobilier, ignore encore les expressions françaises «prix courant», «prix de base», «prix ordinaire» ou «prix initial». Le marchand n’annonce que des «prix réguliers» ou des «rég.» et même un «rég» (sans le point abréviatif) dans la page publiée dans le Journal de Québec de la fin de semaine (1er-2 août, p. 13). Mais l’adjectif français «régulier» n’a pas le sens de «courant», «habituel», «usuel» ou «ordinaire» comme cela est le cas de « regular ». Il est compréhensible que Tapis Demers tombe dans le piège et rende, sans s’en rendre compte, «regular price» par le calque « prix régulier ». L’anglicisme fait partie du décor laurentien! Gérard Dagenais l’a épinglé dans les années 1960 : «Il ne faut pas dire […] dix cents de moins que le prix régulier, mais […] dix cents de moins que le prix courant » (Dictionnaire des difficultés… 1967).
Dédié ? (2026)
2026-08-03. Alto, le train pancanadien à grande vitesse, invite citoyens et voyageurs à utiliser ses services. Inévitablement, se glisse un anglicisme courant dans la page publicitaire consacrée à la nouvelle : « Découvrez notre approche dédiée aux terres agricoles » (Le Journal de Québec, 3 août, p. 48). Le Multi dictionnaire de la langue française (1999), un classique usuel correctif des Québécois, précise :« Dédié, iée… Formes fautives… fonds dédiés à. Anglicisme pour ‘fonds consacré à, destiné à, réservé à.’». Pour sa part, le professeur Lionel Meney alerte aussi les locuteurs et les écrivants. Il note au mot « dédié » : « le calque de l’angl., déjà entré dans le domaine informatique (‘système dédié’), se répand en français standard » (Dictionnaire québécois-français; 1999). Que pourrait-on écrire alors à la place d'« approche dédiée aux… »? Quelques possibilités, à tout hasard : … adaptée, destinée, réservée, propre… En somme, les options sont multiples
Enjeu (2026)
2026-08-04. Le mot «enjeu» agrandit son territoire sémantique. Selon le Multi dictionnaire de la langue française, il désigne d’abord une somme d’argent risquée au jeu, mais aussi, de manière figurée, « Ce qui peut être gagné ou perdu dans une entreprise ». Le dictionnaire présente une mise en garde : « Ne pas confondre avec les noms suivants : ‘défi…, objectif…, problème…, problématique… ». Les quatre signataires d’une lettre (R. Trudel, M. Blais, L. Deschâtelets et R. Hébert) publiée dans le Journal de Québec (1er- 2 août, p. 28) cèdent au charme du mot : « Le vieillissement n’est plus […] un enjeu de santé. Il est devenu un enjeu de gouvernance … ». Un chroniqueur note la fortune du mot : « On disait autrefois… que la prééminence en Europe avait été l’enjeu des guerres […] Maintenant il est question des enjeux de la littérature, de la peinture […] On est comme invité à supposer des mises et des intérêts partout » (P. Bénard, Le Petit manuel du français maltraité).
Paramédics? (2026)
2026-08-04. Le Journal de Québec publie une nouvelle de l’Agence QMI sous la manchette « Un homme sauvé des eaux de la rivière Saint-Charles ». La dernière phrase en est la suivante : « L’homme a […] été pris en charge par les paramédics… » (Le Journal de Québec, 5 août, p. 15). Le mot «paramédic» est absent du Multi dictionnaire de la langue française. Mais l’adjectif « paramédical » s’y trouve. Lionel Meney a inséré le substantif « paramédic » dans le Dictionnaire québécois-français (1999) et il le définit ainsi : « personnel paramédical, auxiliaire médical, ambulancier ». Il note qu’il constitue un emprunt direct à l’anglais. Le français au micro (Radio-Canada) donne l’essentiel : « On appelle technicien ambulancier paramédical (TAP) la personne qui transporte des malades ou des blessés en ambulance et qui est en mesure de prodiguer certains soins d’urgence. On peut également dire ambulancier paramédical ou technicien ambulancier »
Vidanges (2026)
2026-08-06 Une pointe d’incertitude peut préoccuper nombre de lecteurs à la lecture de la phrase qui suit et son dernier substantif : « Les seuls parasites […] sont provoqués par le défaut de ramasser les vidanges ….» (Le Journal de Québec, 6 août 2026, p. 7, 4e col.). La citation est celle d’un propriétaire. Un coup d’œil rapide au Multi dictionnaire mettra la puce à l’oreille de tout rédacteur : « Vidange… Forme fautive. Vidanges. Impropriété au sens de ‘déchets’, ‘ordures’ »). Voudrait-on faire une contre-vérification? Prenons le recueil de billets publié par Camil Chouinard (1933-2020), conseiller linguistique de Radio-Canada pendant deux décennies : « Quand on parle du contenu des poubelles, il convient de dire des DÉCHETS ou des ORDURES, et d’éviter le mot ‘vidanges’ qui a un tout autre sens. Le mot VIDANGES […] désigne les matières vidées des fosses d’aisances, autrement dit les excréments » . De fait, il aurait été plus juste de dire «ramasser les ordures» au lieu de «ramasser les vidanges».
Fake news (2026)
2026-08-07. Aux États-Unis et au Canada, on connaît bien les «fake news». Au Québec aussi. Le président Trump a soufflé sur les braises de l’expression au cours de ses mandats. A-t-on des solutions de rechange à proposer en français? On peut lire dans le Journal de Québec l’extrait suivant d’une nouvelle de l’Agence France-Presse : « La porte-parole de la Maison-Blanche […] et son homologue du Pentagone […] ont dénoncé mercredi soir une ‘fake news’» (Le Journal…, 7 août 2026, p. 12). On a proposé des équivalents. France Terme a reçu une proposition : infox, et l’a acceptée. Mais d’autres suggestions auraient pu être couronnées : une fallace, un infaux , une infausse, ou «de l’intox ». Le mot « Fallace » pourrait connaître le succès. Il est présent dans le Nouveau Littré publié en 2004 et précède deux «descendants!» : fallacieusement et fallacieux. Mais l’attrait de l’expression anglaise sera difficile à atténuer, même si son enracinement est récent.
Tournures : Dans le cadre de... (2026)
2026-08-08 On aura peut-être lu la phrase qui suit dans le Journal de Québec : « Plus tard, il (Stéphane Plouffe) avait reçu 11 ans de prison dans le cadre d’un complot pour meurtre au terme de l’opération SharQc… » (Frédérique Giguère et Maxime Deland, Le J. de Qc, 8-9 août 2026, p. 13). Si on la lit attentivement, on comprendra que les onze ans de prison étaient prévus au moment de l’élaboration du complot : «11 ans de prison dans le cadre de…». L’expression prend plutôt ici le sens d’«à la suite d’un complot» ou d’«en raison d’un complot». Le Multi dictionnaire met les locuteurs en garde lorsqu’ils envisagent de s’en servir au sens de «à l’occasion de», comme l’usage le révèle. Dans la phrase relevée, l’expression prend avant tout le sens de «à la suite de» ou «en raison de…». Ces deux tournures remplaceraient avantageusement «dans le cadre de…» : «… onze ans de prison à la suite d’un complot…».
Historique (2026)
2026-08-09. Le lectorat du Devoir aura lu, en fin de semaine, une phrase de É. Nicolas, celle-ci : « L’automne sera marqué par le jugement historique de la Cour suprême du Canada sur la loi 21… » (Le Devoir 8-9 août 2026, p. B10). Donc un jugement historique, mais « encore à venir »! Il y a presque trente ans, l’académicien Maurice Druon avait observé : «’historique’ définissait ce qui était éminent, ou remarquable, ou mémorable, dans le passé. / Aujourd’hui, tout est historique dans l’instant » (Le ‘Bon français’, 1999). Mort en 2009, il ignorera éternellement dans son empyrée qu’on peut, en 2026, prononcer illico et dare-dare des jugements marqués du sceau des grands événements imaginés pour les mois et les années à venir. Défenseur du «bon français», il aurait sans doute préféré qu’on parle d’un jugement important ou d’un jugement de grande portée.
Institution (2026)
2026-08-12. Dans le traintrain quotidien, on n’a pas toujours le loisir de faire la distinction entre les mots « institution » et « établissement ». On a écrit à leur propos, il y a près de cinq décennies : « Ces deux mots s’appliquent à des réalités différentes et ne doivent pas être employés l’un pour l’autre » (Les maux des mots; Université Laval; 1982). On lit pourtant dans un quotidien : « … une quinzaine de transactions dans la même institution financière » et « … une institution financière de Saint-Paul-de-Montminy… » (Le Journal de Québec, 12 août, p. 4). Il va de soi que la caisse ou la banque de la ville ou du village fait partie d’une institution bancaire, mais elle n’en demeure pas moins un «établissement» local lié à un réseau plus ample.
Moins cher qu'anticipé (2026)
2026-09-01. Trois expressions semblables apparaissent à la fois dans la manchette, dans le sous-titre et dans l’entame de l’article. D’abo...
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2025-11-27. Le sur-titre « ’Fling-flang’ au PLQ» précède la manchette «L’Upac rencontre Marwah Rizqy» à la Une du Journal de Québec (27 nov...
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2025-09-19. Jusqu’à maintenant, l’expression « fling flang » n’a pas obtenu la moindre place dans les dictionnaires tant d’usage que correct...
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2025.02.28. Vos infos à la source de Québecormédia présente en manchette l'expression «Igloos mobiles…» (28 février). On désigne ainsi...