dimanche 2 août 2026

Place et esplanade (2026)

2026-07-01. Faut-il distinguer une place et une esplanade? La question se pose au moment ou la Ville de Québec invite la population à un concert de l’Orchestre symphonique à la «place» Jean-Béliveau (Le Journal de Québec, 27-28 juin, p. 23). Une place est, selon le Multi dictionnaire, un «espace découvert […] sur lequel débouchent plusieurs voies de circulation…». Les citoyens de Québec pensent illico à Place D’Youville. Mais la «place» Jean-Béliveau est d’abord et avant tout enclavée dans le parc de l’exposition. Si on se fie aux définitions des dictionnaires, il y aurait lieu de désigner le lieu par l’expression «esplanade Jean-Béliveau», c’est-à-dire : «Espace uni et découvert situé en avant d’un édifice…» (Le Multi dictionnaire; 2021).

 

Mourir et décéder (2026)

2026-07-03. Les correcteurs de Vos informations à la source (Québecormedia.com) devraient informer les journalistes que les verbes «mourir» et «décéder» s’utilisent dans des contextes différents. On meurt dans un accident : chute d’avion, carambolage routier, incendies… On décède chez soi, dans son sous-sol, en regardant une émission de télé, ou en faisant la sieste à l’extérieur. Aussi pourra-t-on se montrer dubitatif à la lecture de la manchette : « Une finissante décédée dans un accident : son père réclame des changements sur la route…» (Vos infos à la source, 3 juillet, 17 h 16). Jean Darbelnet note à propos du verbe « décéder » : « … ne se dit pas d’une mort violente ou accidentelle » (Dictionnaire des particularités de l’usage). Et même un ancien correcteur de Québecor, Jacques Lafontaine, écrit «On dit ‘un tel meurt dans un accident’ et non ‘un tel décède dans un accident’» (Les mots dits; 2016).

 

Jobs à combler (2026)

2026-07-04. La manchette du Journal de Québec de la fin de semaine (4-5 juillet, 1e p.), «35 000 jobs payants à combler chez Hydro», est critiquable à plus d’un titre. Limitons-nous au mot « combler ». Si les correcteurs du quotidien avaient ouvert un ouvrage correctif, par exemple, le Multi dictionnaire de la langue… (2021), ils y auraient lu au mot relevé : « Forme fautive. Combler un poste. Impropriété pour [...] ‘pourvoir à un poste’ ». À propos de l’expression, on y écrit : « … on peut combler un puits, un fossé […] on peut combler une lacune, un déficit, un besoin, des voeux ou des aspirations, mais on ne saurait combler un poste » (Vocabulaire des relations professionnelles / OQLF; 2009). Au motif de la qualité de la langue, on eut aimé lire : «… jobs payants à pourvoir…» ou «… postes payants à pourvoir…».

 

Raisons sociales: Fondation One Drop (2026)

2026-07-04. La Fondation One Drop de Guy Laliberté, active depuis deux décennies, cesse ses activités au cours des six mois à venir. L’appellation franglaise n’aura pas suffi à assurer sa permanence, et donc sa survie. Mais il faut quand même souligner les propos exemplaires du fondateur de l’entreprise : « Après une réflexion approfondie, le conseil d’administration a pris la décision de faire évoluer la Fondation One Drop vers un modèle non opérationnel au cours des prochains mois » (Le Journal de Québec, 4-5 juillet, p. 48). Bref, One Drop fermera boutique à la fin de l’année. Sans qu’on sache ce que recèle l’expression « One Drop» : une petite goutte? une balle tombante? ou encore un verre? Par prudence cependant, il y aurait lieu de proposer aux éditeurs de la prochaine édition du Multi dictionnaire un article sur le sujet.

On peut tu être fiers ? (2026)

 2026-07-09. Les élues et élus québécois, ceux et celles qui siègent à des conseils municipaux, à l’Assemblée nationale ou à la Chambre des communes se doivent, dans leurs communications officielles (conférences de presse, communiqués, circulaires…) d’utiliser un français de bonne qualité et même soigné. Il arrive malheureusement trop souvent qu’on observe un laisser-aller regrettable. Veut-on un exemple récent? Le Soleil reproduit une expression du maire de Québec, Bruno Marchand : «'On peut tu être fiers de nous là?' (8 juillet). Une telle phrase vaudrait une mauvaise et même une très mauvaise note à l’école et au collège. Les enseignants ou les professeurs proposeraient des solutions : Pouvons-nous être fiers? Pouvons-nous être fiers de nous là? Peut-on être fier de nous? Employer «on peut tu...», c'est surtout se mépriser et massacrer sa propre langue. Sans doute de manière inconsciente cependant.

Vente trottoir ? (2026)

2026-07-10. Les publicitaires devraient s’imposer, par prudence, la consultation de l’usuel correctif de Marie-Éva de Villers : le Multi dictionnaire de la langue française. Si le marchand Cuisina avait suivi cette règle il aurait évité l’accroche «Vente trottoir » utilisée dans la page publicitaire publiée dans le Journal de Québec : « Vente trottoir jusqu’à 85 % de rabais…» (10 juillet, p. 56). L’usuel identifie, à l’article «Vente», quelques formes fautives parmi lesquelles on trouve la suivante : «Vente de trottoir. Impropriété pour braderie». Le professeur Pierre Cardinal fait un commentaire semblable : «Vente de trottoir… Sous l’influence de l’anglais ‘sidewalk sale’ […]. Le français canadien connaît le mot ‘braderie’…» (Le VocabulAide; 2009). Pour sa part, Lionel Meney avait fait une observation identique (Dictionnaire québécois-français; 1999). Si l’on veut des synonymes, on aurait donc braderie, soldes-trottoir, soldes en plein air et sans doute quelques autres.

Cash flow (2026)

 2026-07-12. Le romancier Richard Jorif traduit l’expression «cash flow», un pas que les Québécois n’osent pas faire spontanément: il ose «cache-flots». Il écrit : «… un mot composé troublait Frédéric […] Quelle importance avait-il pour que le directeur financier y fit à tout instant référence? Le Littré, entre cache-entrée et cache-folie, ne lui faisait aucune place, ni le (petit) Robert qui entre le cache-flammes et le cache-misère ne souffrait que le cachemire. Ce devait-être un produit de l’argot de métier, et Frédéric, dont l’ambition suprême n’était pas de manipuler les zéros, n’avait rien à faire du cache-flots » (Le burelain; Folio, 2259; p. 108). Les dictionnaires de traduction, savants et sérieux, proposent plutôt « marge brute d’autofinancement » à ceux qui hésitent à utiliser l’expression anglaise (cash-flow) ou le néologisme fantaisiste «cache-flots»! du romancier antillais.

Loger (!) un appel (2026)

2026-07-14. Le journaliste Jérémy Bernier révèle aux lecteurs du Journal de Québec qu’un « premier appel a été logé à 10 h, dimanche matin… » (14 juillet, p. 8, 2e col.). S’il avait eu un soupçon de doute, juste ce qu’il faut pour ouvrir un usuel correctif, il aurait constaté que l’expression ‘loger une plainte’ est une traduction littérale de l’anglais et qu’en français on dit ‘porter plainte’ ou ‘déposer une plainte’. Le calque de l’anglais a quand même ses «lettres de noblesse!» : il y a plus de 60 ans, Jean Darbelnet écrivit, à l’intention de la commission Laurendeau-Dunton : «Les mots ‘plainte’ et ‘protestation’ ne s’emploient pas avec ‘loger’. On ‘dépose’ une plainte…. La tournure résiste cependant.

Fausses nouvelles ? (2026)

2026-07-15. La manchette du quotidien aurait très bien pu se lire «Yvon Deschamps dénonce les fallaces». Mais elle est plutôt « Yvon Deschamps dénonce les ‘fausses nouvelles’» (Le Journal de Québec, 14 juillet, p. 31). Il est heureux que le journaliste ait ignoré pour l’occasion le mot anglais lancé par le président Trump : «fake news». Cependant, l’expression américaine est non seulement une fausse nouvelle, mais également une nouvelle visant à tromper et à nuire. La fausse nouvelle évoquée ici voudrait que le comédien Deschamps soit malade et hospitalisé. Toutefois, la Fondation qui porte son nom affirme que cela est faux. Le caractère fallacieux tiendrait au fait que l’annonce aurait comme objectif de « générer des clics et du trafic ». En somme, les fausses nouvelles deviennent des fallaces lorsqu’elles sont volontairement diffusées afin de berner ou de tromper. Dans le cas relevé, la fausse nouvelle au sujet de la santé du comédien pourrait être perçue comme une fallace puisqu’on vise une multiplication des clics.

Parler à travers son chapeau (2026)

2026-07-16. Les anglicismes les plus insidieux sont ceux qui se présentent sous un déguisement français. Attardons-nous à une manchette du Journal de Québec, laquelle concerne une sexologue québécoise : « Radiée pour avoir parlé à travers son chapeau » (Le Journal de Québec, 16 juillet, p. 6). Rares sont les lecteurs qui décèleront illico la faute : tous les mots sont français, mais l’expression « parler à travers son chapeau » est épinglée dans le Multi dictionnaire de la langue… (2021) On y lit : «forme fautive. Parler à travers son chapeau ». L’observation passera inaperçue pour la plupart des locuteurs et souvent pour les auteurs de même que pour les titreurs des médias. Rares sont ceux qui sentiront le besoin d’ouvrir un dictionnaire et de chercher comment on rend en français l’expression anglaise «to talk through one’s hat» (parler à tort et à travers, parler sans connaissance de cause, etc.).

Dans le cadre de... (2026)

2026-07-17. L’expression « dans le cadre de… » connaît beaucoup de succès. Elle va au-delà du territoire que lui reconnaissent les dictionnaires d’usage. Le Multi dictionnaire de la langue française note qu’elle signifie « dans les limites de… » ou « dans le contexte de… » et donne un exemple que reproduit en tout point, et fidèlement, le passage suivant : « Le délinquant […] a été arrêté […] dans le cadre d’une enquête … » (Jérémy Bernier, Le Journal de Québec, 16 juillet, p. 11, 3e col.). À vue de nez, il semble inimaginable qu’on puisse arrêter un citoyen « dans le cadre d’une enquête ». Il serait plus juste d’écrire « … à la suite d’une enquête ». Mais, pourra-t-on ajouter, le Multi aligne aussi l’exemple « dans le cadre d’une enquête », tout à fait acceptable au sens de «à la suite de» ou «à l’occasion de». Les contextes diffèrent cependant.

Abréviation: Dr ou Dr.

2026-07-17. Les rédacteurs de chroniques nécrologiques suivent ou tâchent sans doute de suivre les pratiques recommandées par les guides de rédaction généraux. Mais à l’occasion, on semble procéder à l’aveuglette. Dans le Devoir, on publie une chronique dont l’en-tête paraît critiquable. Je le transcris fidèlement. D'abord le titre : «Dr. Gert Morgenstern 1933-2026»; puis l'accroche: «Dr. Gert Morgenstern s’est éteint…» (17 juillet, p. B4). J’y vois deux fautes. Le mot est peut-être trop fort cependant. Il s’agit d’abord des règles qui régissent les abréviations. Comment abrège-t-on «docteur»? De diverses façons sans doute, mais la plus courante est «dr» ou «dre» sans point abréviatif puisque le «r» et le «re» sont les dernières lettres du mot. Par ailleurs, l’accroche devrait se lire (en français) « Le dr Gert Morgenstern s’est éteint…» ou encore « Le docteur Gert Morgenstern …». L’abandon de l’article dans les deux extraits seraient une façon de faire influencée par l’anglais.

Paver la voie ! (2026)

2026-07-18. En anglais, on dit: «to pave the way». Les dictionnaires de traduction rendent l’expression par «ouvrir la voie», «préparer le terrain», «préparer le chemin pour», etc. Il arrive fort souvent que la presse québécoise la rende plutôt par le calque automatique (!) «paver la voie». Un extrait du Journal de Québec de la fin de semaine illustre le phénomène : « Beaucoup jugent que le discours […] de Donald Tump […] visait à paver la voie à une manipulation… » (Le Journal... , 18-19 juillet, p. 32, 1e col.). Les correcteurs du quotidien n’ont pas détecté l’anglicisme inutile et de surcroît facilement contournable. À la prochaine occasion, il faudra éviter le traquenard et, pour cela, l’identifier dans le manuel interne de rédaction ou faire appel au Multi dictionnaire qui le pointe déjà.

Éducation et instruction (2026)

2026-07-19. Le professeur Jean Darbelnet observait, c’était il y a un demi-siècle, que l’on a fait naguère une distinction entre les deux notions que sont «l’éducation» et «l’instruction». Il écrit : « L’éducation englobe […] toute la préparation de l’individu à la vie, qu’il s’agisse des connaissances, de l’entraînement du corps ou de l’aptitude à s’intégrer au groupe » (Dictionnaire des particularités de l’usage; 1986) après avoir noté qu’on opposait alors les deux notions. De nos jours, on semble les confondre. La chroniqueuse K. Gagnon écrit « Au Québec, depuis la Révolution tranquille, on ne lésine pas sur l’accès à l’éducation » (« Le Collège Mérici… », Le Journal de Québec, 17 juillet, p. 6). En temps normal, on entendrait : … l’accès aux études. La simple inclusion d’un articulet d’une quinzaine de lignes sur le mot «éducation» dans un répertoire de particularités de l'usage est déjà une mise en garde, mise en garde amicale et fort acceptable dira-t-on, car les locuteurs, une majorité tout au moins, entérinent l’enseignement généralisé désignée par l’expression méliorative «éducation»

 

Parade ou défilé? (2026)

2026-07-20. Il y a près de six décennies, le grammairien Gérard Dagenais écrivit «Les diverses significations des mots anglais ‘parade’ et ‘procession’ […] ont causé des déviations dans l’emploi des mots ‘parade’ et ‘procession’ au Canada […] on s’y sert de ces termes au lieu de ‘défilé’, nom qui n’a pas d’équivalent en anglais, c’est à dire qu’il se traduit dans cette langue selon les cas soit par ‘parade’ soit par ‘procession’». Faisons le lien avec une manchette du Journal de Québec : «Parade des champions en Espagne; Plus d’un million de personnes…» (20 juillet, 19 h 30, 1e p.). Les observateurs contemporains Pierre Cardinal  (voir VocabulAide; 2009), Lionel Meney (Dictionnaire québécois-français; 1999) et Guy Bertrand critiquent toujours cet emploi du mot. Ce dernier, pour sa part, note «L’utilisation du mot ‘parade’ au sens de ‘défilé» constitue un anglicisme. À moins que l’armée ne soit de la partie…» (400 Capsules linguistiques; 1999). Bref, la manchette aurait dû être : «Défilé des champions…».

Être frappé par une voiture (2026)

2026-07-21. Un reportage signé C. Bouchard commence en lion pourrait-on dire, ou mieux peut-être, par trois impropriétés : une fillette aurait été «frappée par une voiture», lors d’une «collision» entre la voiture et la fillette, «événement» qui a eu lieu angle 4e Avenue et rue de la Colombière. Oublions, pour l’heure, l’inflation verbale à la source de l’emploi du mot «événement» à la place du prosaïque «accident» (Le J. de Qc, 21 juillet, 14 h 16). Notons d’abord qu’une voiture ne frappe pas un piéton. Un tel «privilège» reste celui d’un humain. Un passant aurait pu frapper la fillette à coups de poing ou à coups de pied. Une automobile la heurtera ou la renversera. Mais l’anglais «to hit», lequel serait utilisé dans le contexte, conduit automatiquement à «frapper». De manière prosaïque, les collisions sont des accidents «réservés» à des trains, à des bateaux, à des camions ou à des autos. On ne devrait pas voir souvent des collisions entre voitures et cyclistes ou encore entre voitures et piétons. Bref, trois mots à surveiller : frapper, collision et événement.

Faire l'impasse (2026)

2026-07-22. Que cela est bien dit ou, mieux, bien écrit : « Le Québécois a choisi de faire l'impasse sur le tournoi de Washington » (Le Journal de Montréal, 22 juillet 2026, 19 h 😎. Le Québécois dont il est question est Félix Auger-Aliassime et la citation est extraite de l’article de Jessica Lapinski. La tournure n’est pas facilement déchiffrable sans contexte en dépit du fait que le mot lui-même désigne clairement, au départ, une rue ou une situation sans issue. L’équivalent que donne le Petit Robert de la locution « Faire l’impasse sur qqch.» est « Ne pas prendre en considération ». La manchette du quotidien montréalais est imprécise pourrait-on noter. Il est fort probable que F. Auger-Aliassime ait considéré sa participation au tournoi étatsuniens sans y faire l’impasse, mais en donnant la priorité aux rencontres de l’omnium de Montréal.

 

Meurtre sur (?) quelqu'un (2026)

2026-07-23. On n’aura pas encore relevé et critiqué des expressions du type «meurtre sur un bébé», «homicide sur une célibataire» ou «assassinat sur un immigrant ». Mais les lecteurs du Journal de Québec peuvent y lire aujourd’hui : «… huit ans de pénitencier pour homicide involontaire sur un bébé…» dans la légende d’une photo et dans le chapeau de l’article. Donc : «homicide […] sur la petite Élyana …». (Le Journal…, 23 juillet, p. 15). La consultation des dictionnaires d’usage contemporains révèle qu’ils ignorent la tournure : « homicide sur un bébé ». Et probablement que les locuteurs du français tiqueraient en entendant des phrases s’en approchant : « meurtre sur une adolescente », « assassinat sur un fermier » ou encore « extermination sur toute une famille ». Il est possible que les heures ou les minutes de tombée expliquent le choix, par ailleurs inexplicable, d’un « sur » à la place d’un simple « d’ ». Bref, les lecteurs auraient dû lire : « … homicide involontaire d’un bébé…», mais non «… homicide involontaire sur un bébé…».

Capitale-Nationale ? (2026)

 2026-07-24. Un journaliste écrit : « … le gouvernement du Québec mettra le drapeau en berne, samedi, sur la tour principale de l’hôtel du Parlement, dans la Capitale-Nationale » (Guillaume Picard, Le Journal de Québec, 24 juillet 2026, p. 31). C’est-à-dire que l’exécutif ou le conseil des ministres commandent ou imposent au Parlement et à l’Assemblée nationale de mettre le fleurdelisé à mi-mât à l’occasion des funérailles du comédien Marc Messier. Les citoyens québécois devraient appuyer facilement un tel hommage. Mais faut-il, pour qu’il soit à la hauteur de la personnalité de l’homme de théâtre, utiliser les majuscules et le trait d’union (Capitale-Nationale)? Les lecteurs des quotidiens s’arrêtent-ils à distinguer les graphies possibles : «capitale nationale», «Capitale nationale», «Capitale-nationale», «Capitale-Nationale», etc.? Cette interrogation québéco-québécoise mérite-t-elle qu’on la soulève?

Dès ou À partir de... (2026)

 2026-07-25. On néglige généralement la mince différence entre l’expression «à partir de…» et la préposition «dès». Le grammairien Bernard Cerquiglini écrit sur le sujet : « Pour désigner le moment […] où une action a commencé, on peut utiliser ‘à partir de’ ou ‘depuis’ […] On emploie également la préposition ‘dès’. Celle-ci toutefois apporte une nuance supplémentaire […] : elle indique la ‘précocité’ de l’action considérée » (Merci professeur! Chroniques savoureuses…; 2008, p. 119). Serait-ce le cas lorsqu’on affirme qu’une loi du parlement français « entrera en vigueur dès l’automne » ? (Le Journal de Québec, 24 juillet 2026, p. 19). Le grammairien note que la préposition semble « en passe de perdre sa nuance […] de précocité », laquelle prend de plus en plus le sens de ‘depuis’ ou de ‘à partir de’. Et il conclut par un appel : « Efforçons-nous de conserver le sens de la préposition ‘dès’. Réagissons ‘dès’ maintenant!»

Un étudiant international (2026)

2026-07-26. Dans le passé, les universités recevaient des étudiants «étrangers». Les uns ou les unes venaient de l’Amérique latine, d’autres, d’Afrique ou d’Asie. Finie, cette triste époque! Maintenant, nos universités accueillent des « étudiants internationaux ». Elles n’avaient pas, non plus, précédemment accueilli des étudiants inter-paroissiaux, interrégionaux, ou interprovinciaux, ni d’ailleurs, intercontinentaux. Si l’on se fie à la définition du qualificatif « international », donnée par l’Académie française : «… signifie ’qui a lieu de nation à nation, entre plusieurs nations, qui concerne les rapports entre les nations » (Dire, ne pas dire, 2025). Une journaliste, C. Bouchard, a-t-elle raison d’utiliser, à trois occasions, l’expression dans un reportage (Le J. de Qc, 24 juillet, p. 5)? Rappelons une note de la Banque de dépannage linguistique : « … en parlant […] d’un groupe de personnes, le mot ‘international’ a le sens de « qui appartient à plusieurs nations » … ». Ce sens ne convient pas pour qualifier un étudiant qui poursuit ses études dans un pays étranger. Le terme ‘étudiant international’, calqué directement de l’anglais ‘international student’, est à éviter ».

Un bully (2026)

2026-07-27 La chroniqueuse Karine Gagnon ne parvient pas à trouver d’équivalents pour désigner ce qu’elle appelle du ’bullying’ numérique» de la part d’un animateur radio identifié comme un «’bully’ des ondes». Elle écrit : «Les citoyens de Chutes-de-la-Chaudière auront donc le choix […] entre une ex-courriériste …. , un ex-chef de l’opposition…, un homme d’affaires… et un ‘bully’ des ondes» (Le Journal de Québec, 27 juillet, p. 4). Comme elle est une professionnelle de la langue française, on peut soutenir que l’un de ses mandats est d’y repérer les mots que l’on peut considérer comme des traductions ou des synonymes du mot «bully». Un simple profane peut ouvrir le Dictionnaire québécois-français (1999) à l’article intitulé «[boulé], bully», y découvrir le sens du mot (homme fort, brutal et bagarreur) et des équivalents : brute, hercule, gros bras, etc. En somme, la phrase de la chroniqueuse aurait pu se terminer ainsi : «… un homme d’affaires… et un fort-en-gueule».

Dans le cadre de... (2026)

 2026-07-29. La tournure « dans le cadre de… » sert à de nombreuses « sauces ». On devrait lui réserver un domaine marqué, mais elle va bien au-delà. On aura lu aujourd’hui dans le médaillon d’une photo du Journal de Québec « La Sûreté du Québec recherche Philippe Benoit […] dans le cadre du meurtre de son fils… » (29 juillet 2026, p. 😎. Présentée de la sorte, la recherche du père de la victime, était inscrite dans l’ADN du meurtrier et du meurtre! L’emploi en toutes circonstances de l’expression se présente souvent en porte-à-faux. Tel semble être le cas dans l’extrait : « … dans le cadre du meurtre de son fils ». Il aurait été plus juste et plus français d’avoir écrit : « … à la suite du meurtre de son fils », ou « à la suite de la mort de son fils », ou encore « en raison de la mort de son fils ». Il y a lieu de réserver « dans le cadre de… » à des situations vraiment « limitées » ou « délimitées ».

Charger les policiers (2026)

2026-07-30. Une sensibilité exacerbée, à la québécoise si l’on veut, peut conduire à l’existence douteuse d’anglicismes imaginaires ou fantaisistes. Cela arrive à l’auteur de ces lignes et des présents billets diffusés au rythme d’une vingtaine par mois depuis plus d’une décennie. C’est ainsi qu’il a sursauté un instant en lisant la manchette et la phrase : «Philippe Benoit aurait chargé les policiers avec un couteau » (Vosinfosalasource@quebecormedia.com, 30 juillet, 17 h 14). Des solutions de rechanges s’imposèrent naturellement à son esprit : … aurait agressé les policiers, … aurait malmené…, s’en serait pris aux policiers… Mais vérification faite, il en vint au fait que l’expression du média était tout à fait correcte. Le Petit Robert précise d’ailleurs à l’article «charger» : «Attaquer violemment… attaquer avec impétuosité; par une charge. ‘Charger l’ennemi ‘…». En somme, la langue de la presse québécoise est de bonne qualité. Il faut le souligner.

 

Race across Québec (2026)

2026-07-31. Ce sera la 3e édition de la «Race Across Québec» du 13 au 23 août. Pour une fois, une appellation française aura « contaminé » des Québécois, lesquels n’ont pu faire mieux que copier (servilement?) la pratique anglophile des publicitaires de l'Hexagone. Il semble bien, d’après le reportage signé d’Amélie Deschênes (Le Journal de Québec, 31 juillet, p. 17), que l’appellation Race Across France, a traversé l’Atlantique et a convaincu les naturels de l’importer telle quelle, sans chercher à lui donner un petit air québécois ou francophone, sauf à mettre un accent aigu sur le politonyme. On devra, pour le moment, endurer ou supporter, au sens français du verbe, l’appellation «Race Across Québec». Mais, pour les années à venir ou pour les prochaines éditions de la compétition, les promoteurs devraient envisager la possibilité de franciser la quasi-raison sociale de l’entreprise, de l’initiative ou encore de son appellation.

 

Place et esplanade (2026)

2026-07-01. Faut-il distinguer une place et une esplanade? La question se pose au moment ou la Ville de Québec invite la population à un con...