jeudi 1 octobre 2026

Moins cher qu'anticipé (2026)

 2026-09-01. Trois expressions semblables apparaissent à la fois dans la manchette, dans le sous-titre et dans l’entame de l’article. D’abord, « Le centre de curling sera moins cher qu’anticipé »; puis : « Le coût… sera de 37M$ plutôt que les 39,6 M$ prévus » et enfin : « … coûtera … moins cher qu’escompté » (Le Journal de Québec, 1er septembre, p. 54). Les trois participes (anticipé, prévu et escompté) sont vus comme des synonymes. Le mot « anticipé » était, il y a peu, critiqué lorsqu’on l’employait au sens de « prévu ». De même, on semble trafiquer la signification du mot « escompté » dans l’expression « … moins cher qu’escompté ». L’effort de diversification, tout à fait souhaitable, a mené à un léger dérapage.

Dès / à partir de... (2026)

 2026-09-02. Qub publie une page publicitaire dont le texte est «Benoit Dutrizac / En semaine dès 9 h 30 » (Le Journal de Québec, 2 septembre, p. 14). On devrait, semble-t-il, remplacer la préposition «dès» par «à partir de». La préposition « dès » annonce la précocité (B. Cerquiglini, Merci professeur! 2008). Si l’émission avait lieu au petit matin, on pourrait très bien annoncer « … dès 5 h 30 ». Les heures d’ouverture des bureaux varient, mais elles vont en général de 8 h à 18 h. Si l’émission de monsieur Dutrizac commence toujours à 9 h 30, il semblera exagéré de préciser «dès …». À moins qu’on en ait avancé l’heure d’ouverture. Mais rien ne laisse croire que tel est le cas. L’expression « à partir de 9 h 30 » devrait prendre la place de « dès 9 h 30 ». Idéalement!

Unités déjà réservées (2026)

2026-09-03. Les Tours Rivière Etchemin publient une demi-page de réclame dans le Journal de Québec. On y lit : « Faites vite! Plusieurs unités sont déjà réservées » et on précise, sous l’illustration : Studio, 3 ½, 3½ + etc., jusqu’à 5 et demi (3 septembre, p. 13). Selon les précisions glanées dans les usuels, un studio serait un petit appartement composé d’une seule pièce. Telle est la description repérée dans le Multi dictionnaire de la langue française. Faut-il proposer aux auteurs de l’usuel d’ajuster leur texte ou inviter le constructeur (Tours Rivière Etchemin) à contre-vérifier le sens accordé aux mots unités et studio? Les locuteurs québécois méritent des éclaircissements.

Melon d'eau ou Pastèque ? (2026)

2026-09-05. Je fais partie de ceux qui devraient avoir l'habitude de parler de «pastèque» plutôt que de «melon d'eau». Un interventionniste d’un réseau intéressé à la qualité de la langue, F. Brunet, me transmet une note transmise à madame A. Woolde-Giorghis de Radio-Canada. Il écrit tout simplement: «Le melon d'eau? Un anglicisme bien québécois. Il faudrait parler de 'pastèque'! Ou mieux, en privilégier l'appellation ». Le Petit Robert de la langue française la retient mais dirige précisément ses lecteurs vers l'article intitulé «Pastèque». Lionel Meney observe que les Québécois utilisent surtout «melon». Et il note, sans avoir l'air d'y toucher : « en québécois, on n'emploie pas le mot 'pastèque'; l'angl. dit 'watermelon'. Le calque est donc patent.

Dos d'âne (2026)

2026-09-07. Le ministère des Transports installe des ralentisseurs sur les routes. On les désigne des mots et expressions : «dos d’âne», «seuils de ralentissement» et même «bosses (supplémentaires) ou «monticules de bitume» (V. Desbiens, Le Journal de Québec, 5-6 septembre, p. 15). Les expressions «dos d’âne» et «bosses» semblent désigner les effets du climat et du temps qu’il fait. Il est aussi des dispositifs de la voirie invitant les automobilistes et les routiers à ralentir à l’occasion de travaux ou de déviations, d’une chaussée défectueuse ou pour la traversée d’un pont à circulation alternée. En somme, va pour les «dos d’âne» résultant des sautes d’humeur du temps ou de la température et va pour les «ralentisseurs» installés afin qu’on diminue sa vitesse.

Dès ou 'à partir de...» (2026)

2026-09-08.  On abuse beaucoup de la préposition «dès». De manière générale, elle indique la précocité. Le bébé commença à marcher dès son huitième mois; un tel obtint un premier diplôme universitaire à seize ans; tel autre gagna un premier tournoi d’échecs à peine sorti de l’école primaire… Quel est alors le sens exact de la manchette : « Richard Martineau : En semaine dès 15 h » (Le J. de Qc, 8 septembre, p. 27). À sa lecture, on pourrait ou on devrait en déduire que l’émission commence habituellement plus tard en fin de semaine. À 16 h par exemple. Mais ce n’est pas le cas. Il aurait donc été plus juste et plus normal d’écrire : «En semaine à compter de…» ou «… à partir de…» au lieu de «… dès 15 h».

Décéder ou mourir? (2026)

2026-09-09. Le professeur Jean Darbelnet note que les verbes «décéder» et «mourir» ne sont pas interchangeables. Le premier appartient à la langue administrative et ne se dit pas d’une mort violente ou accidentelle (Dictionnaire des particularités de l’usage; 1986). De plus, il sert d’euphémisme et de synonyme administratif à « mourir ». Alors que penser de la phrase : « … a confirmé le décès du motocycliste : ‘le motocycliste […] serait […] décédé sur place’ » ? (Le Journal de Québec, 8 septembre, p. 11). Il est évident que le contexte justifierait l’emploi des expressions «la mort du motocycliste » et « … serait mort sur place ». Mais il est plus facile ou plus «agréable» ou plus «doux» d’entendre ou de dire qu’un motocycliste est décédé dans un accident. De fait, le Robert Brio observe : «Employé surtout […] par euphémisme…»!

Cacher des patchs (2026)

2026-09-10. Les médias québécois francophones emploient souvent des expressions anglaises qui drainent des connotations négatives. Un exemple? On lit dans le Journal de Québec du jour les deux extraits suivants d’un article de M. Deland, d’abord la manchette : «Forcés de cacher leurs patchs» et, ensuite un passage de l’entame : « entrée en vigueur de la loi anti-patchs» (10 sept., p. 5). Le mot prend une couleur négative, il désignerait un phénomène moins honorable qu’un écusson. Ce dernier sert ou servait à identifier les alma-mater de chacun. Les collèges avaient leurs écussons. On les portait avec fierté. De nos jours, le «patch» inspire l’interrogation ou le mystérieux.

Fake news = fallace et fallaces (2026)

2026-09-11. Il serait temps d’employer le mot français «fallace» à la place de «fake news» en dépit du fait que les éditeurs du Nouveau Littré, publié en 2004, le jugent «vieux». De fait, le mot serait apparu au XIIIe siècle. Le Robert contemporain l’ignore en dépit de la présence de l’adjectif «fallacieux» et de l’adverbe «fallacieusement». Son utilisation amènerait les dictionnaires à l’insérer dans leurs nomenclatures. Les journalistes, qui ont un grand besoin du mot, profiteraient de l’occasion et pourraient l’employer pendant quelque temps en parallèle avec l’expression anglaise. Ainsi Mathieu Bock-Côté aurait pu écrire à propos de la Première ministre Fréchette «Sa critique relève du refus des fallaces ou ‘fake news’» à la place «… du refus des fake news» (Le Journal de Québec, 10 septembre, p. 23).

Événement ? (2026)

2026-09-12. Le traducteur André Racicot écrit sur son site électronique à propos de la popularité du mot « événement » : « Les sens que les Québécois attribuent à 'évènement' pourraient surprendre nos amis européens. Une exposition, un spectacle de jazz sont des évènements aussi bien que le déraillement d’un train » (Au coeur du français). Des extraits d’un reportage du Journal de Québec, signé N. Saint-Pierre (11 septembre, p. 5), confirment l’observation : « ... plusieurs estiment que l’événement … », « les retombées de l’événement », « … accueillir un événement d’une telle envergure », « lors du week-end de l’événement » … Trois autres exemples suivent. Le mot est français, mais on en abuse et on néglige ses nombreux équivalents : concours, championnat, colloque, spectacle, congrès, manifestation…

Spécial ? (2026)

2026-09-13. Le marchand Demers Tapis de Thetford publie régulièrement une page publicitaire dans le Journal de Québec. La dernière en date est celle parue dans le numéro des 12-13 septembre (p. 17). On y répète quelques anglicismes courants, dont «prix régulier» et «spécial». On ignore «prix courant». Et surtout les équivalents français à l’anglicisme «spécial» pris au sens de promotion, d’article en promotion, d’occasion, d’article en solde ou d’article soldé. C’est donc dire que le marchand, s’il est préoccupé par la qualité du français de ses messages, devrait y gommer le mot «Spécial» et le remplacer par «Promotion», par «Promo» ou par d’autres expressions que les publicitaires pourraient lui suggérer.

 

Dès 6 h (2026)

2026-09-14. C’est le 14 septembre. Le Journal de Québec publie des pages publicitaires de TVA Illico, d’Ici Télé.TV et de QUB. Ces dernières alignent les expressions «Ce soir 19 h», «Ce soir 21 h», mais aussi «En semaine dès 6 h». La préposition «dès» laisse entendre que les émissions annoncées seraient diffusées plus tôt que prévu. Ce n’est pas toujours le cas. La préposition perd parfois son sens de précocité. Une expression plus neutre existe pour la remplacer. Ainsi la page de Qub : «Mario Dumont / En semaine dès 6h» (Le Journal de Québec, 14 septembre, p. 23) sera jugée irréprochable en raison de l’heure matinale de l’émission mais, comme elle est quotidienne, on pourrait très bien écrire aussi : «En semaine à compter de 6 h ».

Et / ou... (2026)

2026-09-15. Les journalistes ne sont pas toujours conscients d’utiliser un pléonasme en écrivant : «… les faits reprochés auraient eu lieu […] à Témiscouata-sur-le-Lac, La Romaine et/ou Rimouski » (Le Journal de Québec, 15 septembre, p. 3). De fait, l’auteur écrit d’instinct sans doute «... ‘et/ou’ Rimouski», en se servant des guillemets. Or la conjonction «ou» aurait suffi. On peut lire dans un guide: « La conjonction ‘ou’ a par elle-même le sens de ‘l’un ou l’autre, ou les deux, contrairement à l’anglais ‘or’. Sans doute sous l’influence de l’anglais ‘and/or’, on insiste souvent inutilement sur le fait qu’un élément n’exclut pas l’autre en employant ‘et/ou’ plutôt que tout simplement ‘ou’» (Serge Quérin, Dictionnaire des difficultés …; 1998, 2006). En somme, on aurait pu écrire « … les faits reprochés auraient eu lieu à […] la Romaine et à Rimouski ».

Élections provinciales ? (2026)

2026-09-16. Le Soleil reproduit régulièrement l’expression « élections provinciales » dans ses titres. On en a un exemple aujourd’hui (16 septembre, 6 h 3). On y publie le sur-titre : « Élections provinciales », expression qu’on peut critiquer en raison de la nuance péjorative qu’elle draine : rétrograde, conservatrice, retardataire., etc. Mais elle est aussi un anglicisme. Une province, en français, n’a pas de pouvoirs. Aussi le gouvernement Lesage, au début des années 1960, a-t-il lancé l’appellation « État du Québec» à titre d’idéal. Des expressions de contournement attendent de servir et de corriger l’expression traditionnelle douteuse : Élection des députés, Élection des parlementaires, Élection de l’Assemblée et même Élection de la représentation nationale!

Tournures: Dans le cadre de... (2026)

 2026-09-17. Bientôt on pourrait lire «… accident dans le cadre de la réfection de la chaussée » ou « inondation de la rue dans le cadre de l’orage… ». Pour l’heure, les lecteurs du Journal de Québec peuvent se régaler de l’expression «… exploit réalisé… dans le cadre du tournage de la série ‘Chasseurs d’épaves’… » (17 septembre, p. 4). En somme, l’exploit était au programme l’orage! Mais il ne faut pas être trop sévère. L’impropriété est entérinée par le Multi dictionnaire en raison de sa généralisation : «… l’emploi de la locution est critiqué […] mais il est maintenant passé dans l’usage ». Pour l’heure, l’usuel correctif est donc à quia.

Saskatchewan, Le ou la ? (2026)

2026-09-19. Les toponymes qui se terminent par une consonne sont masculins : le Québec, le Texas, le Brésil, le Népal, le Liban, le Yukon, le Vermont, etc. Si on suit le principe et ces quelques exemples, on écrirait et on dirait « le» Saskatchewan. Pourtant les médias féminisent le politonyme. Ainsi les rédacteurs de l’Agence QMI écrivent-ils : « … d’autres provinces… dont … la Saskatchewan » (Le J. de Qc, 18 septembre, p. 21). En principe, on devrait écrire « … dont le Saskatchewan ». Par ailleurs, une autre raison explique la féminisation quasi instantanée du toponyme : l’existence de deux rivières, la South Saskatchewan et la North…. Il est à espérer que l’hydronyme féminin «rivière du Québec» en Abitibi (donc : la Québec) ne mènera pas à la féminisation du politonyme «Québec».

Récipiendaire (2026)

2026-09-20.  On donne une nouvelle signification au mot « récipiendaire » en sol québécois. Jusqu’à tout récemment, il signifiait « personne admise dans un corps ou qui reçoit une décoration ». Mais le pays lui-même devient un récipiendaire ! On peut lire dans le Journal de Québec, sous la plume de C. Desplanques : « En avril 2025, notre Bureau […] révélait que le Québec était le plus important récipiendaire […] de déchets dangereux » (19-20 septembre, p. 9, 5e col.). La proximité du mot « récipient » explique peut-être le dérapage. Le Québec deviendrait le plus important déversoir ou le plus important destinataire des déchets radioactifs et « à longue espérance de vie » des Américains. On peut croire que «déversoir» correspond davantage à la réalité que «récipiendaire».

Pôle position (2026)

2026-09-21. Au sur-titre « Élections provinciales 2026 » il est assez naturel et logique (!) d’accoler l’expression franglaise « pôle position ». Celle-ci est un calque de l’anglais enrichi d’un accent circonflexe. Cela reste un exercice de niveau très ordinaire et fort peu habituel. En somme, la manchette du Soleil : « Le PQ en pôle position au Bas-Saint-Laurent » diffusée en matinée (21 septembre, 6 h 2) est un tantinet bâtard. Les titreurs du quotidien ont légèrement francisé l’anglicisme « pole position » en l’enrichissant d’un accent circonflexe. Mais l’expression n'en demeure pas moins un anglicisme édulcoré. En français correct, il aurait fallu écrire : « Le PQ en position de tête », « … en tête » ou « … en première position ». La correction vient assez facilement à l’esprit.

Circulaire (2026)

 2026-09-23. Les épiceries à succursales Metro mettent « religieusement » les consommateurs au courant des bons achats à faire chez elles. Pour ce faire, Metro fait distribuer des feuillets publicitaires qu’on annonce comme suit : « Votre circulaire de jeudi est arrivée » (message reçu à 20 h 37 le 22 septembre). Un ancien conseiller linguistique de Radio-Canada écrit : « Le mot ‘circulaire’ désigne […] une lettre en de nombreux exemplaires, distribuée par exemple aux membres d’une association, d’un syndicat, etc. La confusion [­­­...] vient du fait qu’en anglais, on emploie ‘circular’ à la fois pour désigner une lettre circulaire ou un prospectus » (1500 pièges du français… / Camil Chouinard). En somme, les épiceries nous laissent des prospectus, mais non des «circulaires»!

Moins cher qu'anticipé (2026)

  2026-09-01. Trois expressions semblables apparaissent à la fois dans la manchette, dans le sous-titre et dans l’entame de l’article. D’abo...